Peut-on rire de tous les sujets ? A quoi bon un film de plus sur la triste et douloureuse période de la Shoah ?
Voilà deux questions qu'a dû se poser Roberto Benigni avant de réaliser ce film.
Mais en fait de rire, si le personnage nous fait sourire par son caractère à la fois jovial, fanfaron et séducteur, il se caractérise surtout par sa grande sensibilité et sa capacité à dédramatiser une situation extrêmement traumatisante et insupportable, par amour pour son fils.
Il n'est donc ici nullement question de rire, mais de force de vie, d'appel désespéré à la providence et surtout de tentatives effrénées de dérivation face au malheur, par souci de protection, pour éviter jusqu'au bout que l'enfant ne reçoive en pleine face la réalité de la violence extrême dont peut être capable le monde adulte ; celle qu'ont subi hélas tant d'autres que l'on n'oublie pas.
L'idée géniale de Roberto Benigni, à travers son personnage, est de tenter de nous faire imaginer qu'à travers une série de péripéties incroyables on pourrait épargner l'innocence de l'enfance, ou plutôt celle d'un seul enfant, face à l'innommable, à la monstruosité la plus abjecte.
Une approche originale et ô combien délicate, qui s'avérait risquée. Mais qui a fonctionné et su séduire, sans que l'on s'en trouve choqué.
La première partie du film parvient à nous plonger dans une douce atmosphère de cinéma d'antan, à la fois drôle et charmante. Puis la transition vers l'horreur se fait assez sobrement, sans brutalité et avec une sorte de délicatesse qui parvient à nous étonner sans nous faire perdre de vue l'horreur et le sérieux du sujet.
Un tour de force loin d'être évident.
Je n'avais pas revu ce film depuis sa sortie. Un grand film qui a parfaitement mérité ses récompenses.
Original, mémorable, unique.
Un petit conseil toutefois : le voir en version originale sous-titrée plutôt que doublé en français, où il perd une partie de son charme.