Ce film aura connu un bon succès, sans doute plus pour ses répliques cultes que pour son scénario qui est en sorte assez commun et finit en queue de poisson. Car ce film se place dans la catégorie des films de contraste : un enfant qui devait être pauvre termine chez les bourgeois et vice-versa. On a vu cela ailleurs mais la mécanique marche toujours. Là, Etienne Chatilliez nous offre à travers son histoire une peinture de m½urs avec des traits très affirmés mais existants dans certains milieux. La caricature du milieu bourgeois catholique est à la limite de la rupture mais arrive à fonctionner quand même. La peinture du milieu "prolo" me marque beaucoup moins car trop marquée et me semblant peu réaliste. Mais nous sommes dans la fiction et comme dans toute bonne fiction, il faut marquer nettement les personnages.
Le réalisateur a-t-il voulu faire un film grinçant sur le mode de l'humour noir ? Je ne le pense pas tant il est marqué au coin de l'humanité. Monsieur Lequesnoy, derrière sa façade austère et très convenue (merveilleux André Wilms), a le c½ur attaché à ses responsabilités éducatives. Les Groseille fourmillent d'inventivité pour se sortir du pétrin, toujours à la marge de la légalité, voir tout à fait à côté. Chacun a ses torts, ses fêlures, ses espérances. Le film porte sur l'adaptation des personnes face à un autre milieu social et, dans ce cas-là, ce sont bien souvent les enfants qui s'en sortent le mieux.
Le film ne serait pas grand chose si le réalisateur n'avait pas particulièrement soigné la distribution. Dans le cas présent, c'est un véritable régal pour des rôles pas si faciles. J'ai cité André Wilms mais il faut tresser une palme à Hélène Vincent (Mme Lequesnoy) et Daniel Gélin. Le fait que la plupart des acteurs vienne du théâtre est un plus dans ce type de film où le jeu prime sur l'action.
Un film qui reste à flot et ne coule pas... surtout pas dans la Deûle (quand on connaît la rivière dans les années 80, on apprécie l'exclamation du jeune Lequesnoy !)