Ce roman est bien plus qu un roman d analyse de la sensibilité prédatrice d un musicien dilettante "plein d avenir". C est la description de la montée lente mais sûre de l antisémitisme dans la Vienne impériale de la fin du XIXe siècle.
Georges von Wergenthin est un aristocrate de vieille souche. Il est profondément Autrichien. Henri Bermann, bien que Juif, ne l est pas moins que son ami le baron. Ils fréquentent tous deux assidûment les mêmes milieux de la bonne société artistique, juive et politique de Vienne. De la sorte, nous voyons Juifs et non-Juifs réagir à l antisémitisme ambiant. Certains s y livrent avec délectation ; d autres cherchent à le minimiser, surtout ceux qui se considèrent, depuis de longue date, des Autrichiens assimilés ; d autres, encore, essaient de le combattre en s engageant dans la politique. Le courage de ces derniers se veut entier, mais il ne suffira pas à l endiguer.
Arthur Schnitzler sait visiblement de quoi il parle, ayant lui-même fréquenté de près le milieu qu il décrit. À sa parution, ce roman a fait scandale ; le lecteur pouvait en effet mettre des noms précis derrière les principaux personnages. Peu importe aujourd hui.
Ce roman, fort bien traduit, se lit d un trait.