Bon, ce livre est superbe mais il est quand même utile d'apporter quelques précisions propres à modérer l'enthousiasme général. D'abord, il ne s'agit que d'une sélection très réduite parmi les plus de 150 vies d'artistes publiées par Vasari. Si l'introduction apporte une relecture intéressante de cette source historiographique essentielle pour la Renaissance italienne, et si chaque biographie choisie est précédée d'un commentaire critique qui relève notamment les erreurs principales, l'universitaire, qui prépare ou non le CAPES, s'orientera prioritairement vers l'édition complète (parue notamment chez Hazan). Pour un auteur qui voulait offrir l'immortalité aux 150 artistes qu'il avait choisis, il est donc bien singulier que l'éditeur n'en retienne donc qu'une petite vingtaine.
Du reste, de quoi s'agit-il donc ? Certainement pas d'une histoire de la Renaissance, comme pourrait le laisser penser l'illustration très riche, artiste par artiste' Certes, on nous dit que l'examen visuel a joué un rôle essentiel dans le processus d'écriture de Vasari. Après une première livraison exclusivement toscane (en 1550), Vasari a voyagé et « vu » les œuvres principales des autres artistes (notamment à Venise). De plus, il aurait eu avec lui un carnet d'esquisses qui l'a certainement aidé. Enfin, la sélection retenue préserve les quelques architectes (Brunelleschi et Alberti) et sculpteurs (Donatello, Luca della Robbia) indispensables à toute histoire de la Renaissance. Bref, on l'aura compris, l'éditeur a décidé d'en mettre plein la vue et privilégie l'illustration en tous points irréprochable.
N'empêche, la vision moralisatrice de l'artiste parfait par Vasari s'éloigne bien souvent de la simple analyse des œuvres. Et quand bien même elle se trouve replacée dans son contexte, et que l' historiographie contemporaine soit plutôt tentée de réhabiliter la valeur des informations livrées par Vasari, on peut légitiment s'interroger sur l'intérêt de payer aussi cher un ouvrage incomplet qui ne remplacera jamais une véritable histoire de la Renaissance italienne, d'autant que la marge commerciale de ces éditions de textes anciens ne doit pas être négligeable.
Un très bel objet qui fera le bonheur des fans de « coffee table book » et autres bibliothèques de salons, mais à ce prix, est-ce bien raisonnable ? Sans doute non, mais il est de ce livre comme du luxe : quand on aime, on ne compte pas' même si on ne le lira probablement pas souvent. La note sévère sanctionne donc beaucoup plus le concept que le produit.
PS : puisque Amazon semble maintenir sur la même page des commentaires qui concernent des versions très différentes des écrits de Vasari, je précise que ce commentaire concerne bien sûr l'édition luxe publiée en 2010 par Citadelles Mazenod.