Plus de quarante ans après la mort de son père, puis de sa mère, alors qu'il était un enfant de 11 ans, Serge Moati combat la douleur toujours vive par un récit allègre, désinvolte et tendre à la fois. Usant des privilèges du romancier, il se projette dans la jeunesse de son père, juif, socialiste et franc-maçon, dans cette Tunisie du Protectorat, et suit comme son ombre celui dont plus tard, il adoptera le prénom.
Il décrit la bourgeoisie juive cultivée du Tunis des années 20, les mondanités, la vie théâtrale et musicale, le journalisme surtout, dont son père devient un maître. Dans Tunis Soir il exprime des idées libérales, en faveur de l'émancipation des Tunisiens de la tutelle française, et se trouve régulièrement en butte à l'hostilité de la Résidence Générale et des colons.
Vient la guerre, l'occupation allemande de la Tunisie, la collaboration, les mesures anti-juives, la déportation en Allemagne. C'est aussi notre histoire, vue sous un angle inhabituel, depuis la rive Sud de la Méditerranée, dans les parfums de jasmin et les délices de la pâtisserie Paparone.
Ce monde a complètement disparu, mais à travers les mots du romancier, les morts prennent la parole et témoignent. Un livre passionnant qui surprendra ceux qui n'ont de la Tunisie que l'image d'un paradis touristique, et qui fera réfléchir les autres.