Il est aujourd'hui l'un des rares capitalistes français libres et fortunés, et il a construit un groupe puissant, dont la force de frappe est évaluée à 11 milliards de francs. Lorsqu'il s'invite au capital de Bouygues, de Lazard ou de Vivendi, il passe pour un corsaire des affaires. Son arrogance et ses coups de tête agacent, mais son bagou, son indépendance et son savoir-faire fascinent. " Sous un abord charmeur, Vincent Bolloré est d'abord un tueur. Mais dans ce monde-là il y a peu de curés ", ironise Jérôme Seydoux.
Issu d'une vieille famille industrielle bretonne, catholique pratiquant, Vincent Bolloré a grandi au sein de cet establishment qu'il n'hésite pas à bousculer. Il a su se construire des réseaux et s'attirer la bienveillance de puissants protecteurs comme Antoine Bernheim, l'associé-gérant de Lazard, ou Claude Bébéar, le patron d'Axa. Culturellement de droite, ses amitiés politiques sont éclectiques, notamment grâce au maire de Quimper, Bernard Poignant, qui l'a introduit dans les milieux socialistes. Ses réseaux s'étendent jusqu'à l'Afrique, où, avec Michel Roussin, l'ancien ministre de la Coopération, il est en train de construire un empire.
" John Maynard Keynes aurait sans doute vu en lui l'archétype de cet animal spirit qui le fascinait, estiment les auteurs. L'entrepreneur par essence, celui qui prend des risques avec, pour mobile ultime, la volonté farouche, inflexible, de repousser toujours plus loin les frontières du possible. " Bel hommage ! --Laurence Ville--
Mais, au lieu de dessiner un mouton, les auteurs, Nathalie Raulin et Renaud Lecadre, journalistes à Libération, croquent un redoutable corsaire des affaires, expert en OPA hostiles, qui n'hésite pas à jouer de son image pour parvenir à ses fins. Son image, justement, c'est " un capital auquel il tient au plus haut point ", soulignent les auteurs. Or elle risque de pâlir sérieusement avec ce livre. Du renflouement du groupe familial à son entrée par effraction dans la maison Lazard, en passant par les " batailles navales " et la mainmise sur Rivaud, tout est revu... et corrigé, version coulisses. Sans oublier les cercles de ses relations (familiales, financières, politiques, africaines...) qui ont toujours su lui apporter un concours précieux. Dans les années 80, Vincent Bolloré était volontiers présenté comme l'anti-Tapie. Après la lecture de cette fresque passionnante, riche en scoops, la différence se fait plus ténue. --Gérard Blandin--
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