Drôle d’oiseau triste que Vincent Delerm, le chanteur « fils de » alors inconnu qui a conquis le public parisien par le biais des petites salles avant la sortie en fanfare de ce premier album, en avril 2002.
Auteur-compositeur étiquetté « bobo », Delerm fils titile et agace avec sa manie du
name-dropping, dont ses chansons bien troussées sont parsemées. Ca commence par un hommage à Jean-Louis Trintignant (
« Deauville sans Trintignant »), agrémenté d’un extrait de
Un Homme et une femme (forcément). Seul au piano, Delerm interprète d’une voix traînante et d’un ton on ne peut plus monotone, deux poignées des vignettes nostalgiques à souhait.
Tout irait mal si ce n’était l’apparition de la face cachée du Delerm côté ironique et rieur, à l’image du joyeux luron qui attire les foules à La Cigale. Alors,
« Fanny Ardant et moi » (fantasme) et
« Tes Parents » (vécu) entraînent l’empathie envers ce conteur des moments perdus ou charmants, grandement partagés.
Parfois, un quatuor à cordes vient panser des mélodies squelettiques (
« L’Heure du thé »,
« La Vipère du Gabon » - impayables retrouvailles sur fond de visite du zoo), ou un texte bien ficelé soulever l’enthousiasme (
« Catégorie Bukowski »).
« Le Monologue shakespearien » entre jazz et classique surprend. Ailleurs, cela reste convenu (
« Cosmopolitan » avec Irène Jacob).
Encore un peu bric-à-brac et répétitif, ce bout d’essai à grand succès assure néanmoins une place de choix à une révélation qui devrait rapidement sortir du nid présumé douillet pour aller secouer les vieux oripeaux de Madame Chanson.
Loïc Picaud - Copyright 2012 Music Story