Voici une œuvre qu’il est bien difficile d’apprécier tant elle est difficile. Nous avons ici un enregistrement assez mal réalisé, avec un orchestre plus pompier que mélodique, une mise en scène statique dans un décor minimum, une belle basse, un ténor épouvantable, mais deux sopranos de qualité quoique peu expressives dans leur jeu. Maria Callas en a laissé un souvenir immortel en faisant de Norma une femme qui souffre terriblement d’un amour absolu et interdit. Il faut s’en abstraire, ce n’est pas facile.
Dès l’entrée, les sonorités choquent et l’expression de l’orchestre est saccadée, puis il accompagne un beau chœur qui va tenir son rang tout au long du spectacle, et un bel Orovese interprété par I. Abdrazakov, l’une des très bonnes Basses russes, doté d’un beau grave mais manquant un peu de volume. La première impression n’est pas bien bonne. La seconde avec l’entrée de Polione est encore pire, et ce ténor n’ira pas en s’améliorant, terminant presqu’aphone dans le duo final où on ne l’entend pratiquement plus. Il incarne un être faible, mais cela n’implique pas une voix faible, chevrotante par moments et un jeu totalement inexpressif! Il a heureusement disparu depuis du paysage des scènes d’opéra.
Avec l’entrée de June Anderson, le bel canto est de retour, une voix chaude, d’un beau medium, puissante. Elle nous donne un « Casta Diva », qui sans être divin, est bien chanté malgré quelques difficultés à monter dans l’aigu, ce qui se confirmera pas la suite, elle a souvent besoin d’une rupture de voix pour atteindre les notes les plus élevées oh combien difficiles de la partition.
Daniella Barcellona est une heureuse découverte, elle est dotée d’un beau grave et d’une belle musicalité. Seul son vibrato semble un peu fort dans le haut de la gamme. Elle nous offre un superbe duo avec Norma à la fin du premier acte, vraiment du très beau chant, avant que Polione vienne gâcher la fête avec sa voix métallique qui ne s’accorde pas avec les deux sopranos.
Le début de l’acte 2 est plein d’expression dramatique et plein d’émotion, avant qu’Adalgisa nous offre une prestation tout à fait remarquable qui fait de ce passage le meilleur moment de cet opéra, suivi de ce magnifique duo. Au final, l’orchestre retrouve enfin une élégance et une qualité qui rend justice à la musique somptueuse de Bellini. A ce moment, June Anderson dont on perçoit la fatigue, fait le maximum pour donner un sens à la tragédie, je regrette seulement que ses expressions de visage soient peu prononcées. Peut-on entendre dire par une femme que « le pire des maux est d’avoir des enfants » sans y mettre une emphase particulière, car de fait Norma adore ses enfants ?
Donc un enregistrement intéressant malgré tout pour la qualité des 2 sopranos, différent de celui de Gruberova/Ganassi qui est plus lyrique et plus coloré, qui est aussi plus agréable à regarder avec de meilleures prises de vue et où Edita Gruberova sait donner un sens à chaque son, ce que ne fait pas totalement June Anderson qui donne une interprétation plus classique, car probablement moins à l’aise techniquement dans ce rôle si difficile.