Cette oeuvre de Botho Strauss est une transposition originale de
Titus Andronicus, la tragédie la plus violente de William Shakespeare. Elle se compose de dix-sept scènes dont la progression reprend avec plusieurs variantes celle de l'intrigue du texte source. Strauss situe à cet égard l'action dans un cadre spatio-temporel qui est celui de la fin du XXe siècle et instaure le procédé dramatique du théâtre dans le théâtre, conférant de la sorte à la dimension tragique du sujet, celui du viol de Lavinia, une part d'humour et de distance qui induit un climat d'apaisement.
La mise en scène s'organise autour d'un podium sur lequel les principaux personnages viennent tour à tour s'exprimer et se distingue, là encore, de la pièce de Shakespeare par la sobriété du décor, loin de la surcharge voulue par le contexte historique de l'Empire romain dans lequel s'inscrit celle-ci.
En outre, Strauss emprunte à la langue parlée. Le dialogue se révèle ainsi d'une grande modernité. Dans la deuxième scène, par exemple, intitulée « Making-Of », les acteurs du drame sont amenés à interpréter et définir leur propre rôle en présence de la metteure en scène et adoptent un langage très libre, proche de celui de la jeunesse d'aujourd'hui : « Mais en même temps, c'est une tragédie, qu'elle disait, les gens souffrent... », ou également : « Nous ne voulons pas de l'habituel "Sex and Crime Show"... »
Il semble, au demeurant, que l'auteur ait choisi d'adapter ou de réactualiser l'oeuvre shakespearienne en s'attachant à traiter le leitmotiv de la violence, qui caractérise le conflit entre le clan des Andronicus et celui de l'impératrice Tamora, sur le mode de la variation, enrichissant le statut des personnages de la double fonction d'actants et d'interprètes à l'instar de Pierre Corneille qui pratiqua cette technique d'écriture dans son « Illusion comique ». « Viol » ressortit donc au remake et apporte à la pièce originelle un regain de jeunesse plus proche du drame que de la tragédie par le fait d'un subtil mélange des genres.