Quand j'ai écouté « Gone Daddy Gone » pour la première fois, j'ai cru qu'il s'agissait d'une reprise d'un vieux standard sur le mode décalé, à la Flying Lizard (« Money ») ou à la Devo (« Satisfaction »). Sur le coup je me suis dit que ces types étaient vraiment géniaux (et encore je n'avais pas encore entendu « Good Feeling », la chanson suivante). Ce n'est qu'en 2006, en découvrant l'excitante version de Gnarls Barkley de « Gone Daddy Gone » (vous savez, le clip génial avec le cafard lubrique) que j'ai réalisé que l'auteur de la chanson n'était autre que Gordon Gano. Ce n'était pas une reprise. Le gars Gordon avait accouché d'un standard éternel, tout simplement.
J'aurais dû m'en douter, faut dire. Cette rondelle était remplie de standards, de « Blister in the Sun » à « To the Kill » en passant par « Kiss off ». Et je ne parle toujours pas de « Good Feeling ». C'est étrange qu'ils ne soient pas plus connus les Violent Femmes. A cause de leur nom bizarre ? Et en même temps c'est pas plus mal. Ils restent culte et on en discute entre connaisseurs, avec les yeux qui brillent. Surtout de ce disque là, leur premier, sorti en 1982. Faut avouer qu'avec une pochette pareille ils ne risquaient pas de se faire remarquer. Rien de plus éloigné de leur musique (ils feront beaucoup mieux, sur ce plan, avec leurs opus suivants, mais en perdant peu à peu leur inspiration).
Leur musique donc. On pourrait dire le chaînon manquant entre l'esprit du Velvet, des Modern Lovers, du punk, et de la country ou du folk. Ou comment les provinciaux américains reprennent à leur compte l'esprit des bas fonds de la grande pomme. Le chant de Gordon Gano est punk, l'orchestration des chansons pas du tout. Une gratte sèche, une basse au son un peu métallique et une batterie se limitant la plupart du temps au jeu de deux balais sur la caisse claire. Difficile de faire plus minimaliste. Mais l'exécution est impeccable. On navigue entre du country déglingué (« Please do not go ») et du r'nb psychédélique genre Doors (« Confessions ») en passant par des décharges punk (« Add it up »). Parfois le fil se casse et guitare et basse partent en quenouille, pour se rattraper quelques mesures plus loin.
Un disque charnière. Les « Violent Femmes », autant que le « Gun Club » à cette époque, ont contribué à décomplexer toute une génération de musicos américains, engoncés dans leurs chapelles blues ou country. « Violent Femmes » c'est l'archétype du groupe « indie ». Après eux apparaîtront « Yo la Tengo », « Pixies », « Pavement » et tous les autres. Sans eux, pas sûr. En tout cas pas pareil.