A la publication de cet enregistrement, on nous avait annoncé un événement musical d’importance. L’affiche a tout pour y pourvoir, mais il faut bien reconnaître avec le recul qu’il y a quelque tromperie sur la marchandise. Le parti pris de Giulini d’un lyrisme serein et placide ôte tout nerf à cette musique. C’est comme si la dimension rythmique de Brahms était occultée. Le premier mouvement est en soi devenu un Adagio, dont les effets rythmiques d’hémiole sont émoussés. Le mouvement lent est lu dans une indifférence froide (le solo de hautbois est raide) et le finale manque d’esprit. Perlman, toujours aussi surdoué, ne met pas son talent au service de l’œuvre. Favorisant une intonation toujours trop haute, il se trouve enchâssé par Giulini, au point de retirer toute fougue aux traits virtuoses, ramenés à quelque étude de Conservatoire. A côté du style impérial d’Oistrakh, de la sensibilité d’un Grumiaux, Perlman nous devait un remake… ce qui fut chose faite.