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J’étais surpris de voir paraître chez Brilliant un disque qui est toujours disponible chez Arte NovaBeethoven : Concerto pour violon Op. 61 - Romances pour violon (Op. 40, Op. 50), mais voici la clé du mystère : cet enregistrement du Concerto pour violon de Beethoven était déjà le disque 9 du coffret Beethoven- Complete edition en 86 CDs édité précédemment par Brilliant, qui se met donc à débiter en tranches cet ensemble (un coffret Brilliant antérieur avait repris pour cette œuvre un enregistrement de David Oistrakh).

Il est toujours intéressant de ré-écouter avec un peu de distance une version aussi intéressante (date d'enregistrement Zurich, 2005). Ce disque, c’est la finesse de Christian Tetzlaff, pas du tout indifférent dans les passages lyriques, mais privilégiant une approche sans emphase (voir la petite cadence enjouée ajoutée dans le Rondo final à 2’06, avant la reprise du refrain) alliée à la poigne de Zinman, quelque part entre « j’ai été l’élève de Pierre Monteux, mon Beethoven est sain, conquérant et tonique » et « les baroqueux sont passés par là » (la sonorité du début aux timbales). Avec un orchestre de la Tonhalle de Zurich qui ne manque ni de caractère, ni de punch (à 8’33, le grand tutti, carrément explosif), cette alliance fonctionne bien, même si par endroit on pourrait préférer un violon plus charnu, effusif et sensuel. Mais au milieu du premier mouvement, dans le développement qui est un des plus beaux moments de la musique concertante, Tetzlaff s’impose par la pureté de son style, sans en rajouter. Pareil dans le Larghetto.

Il y a des violonistes qui vont chercher l’auditeur; Tetzlaff, lui, par tempérament l’invite simplement à le suivre. La prise de son ne le place pas tout devant, et ceux qui sont habitués à un violon surexposé ne doivent pas s’attendre à quelque chose de très spectaculaire.

Les deux Romances sont dans le même esprit.

A noter que Chrisian Tezlaff utilise à la fin du premier mouvement la cadence que Beethoven avait écrite pour la version de l’œuvre pour piano et orchestre (la transcription est de la main du violonisteKadenzen op. 61: zum Konzert für Violine und Orchester D-Dur op. 61). Au lieu que la cadence soit un moment essentiellement lyrique et intime, l’intervention des timbales donne un caractère martial à ce passage, qui selon le violoniste s’accorde mieux avec l’univers sonore de ce premier mouvement.

Pour ce concerto à la discographie gigantesque, il y a les versions impeccables –Nathan Milstein et William Steinberg à Pittsburgh, par exemple (EmiConcertos pour violon en ré majeur), Szeryng en concert avec Klemperer, somptueux (Testament) ; il y a, plus loin dans le temps, de merveilleuses vieilles cires – la sonorité dorée de Fritz Kreisler avec Leo BlechViolin, Huberman avec Szell ; il y a des live qui méritent qu’on s’y intéresse (Erich Röhn et Furtwängler ; Camilla Wicks avec Bruno Walter, un temps chez Music & Arts, Christian Ferras avec Böhm chez Audite).

Et puis il y les nouveaux venus. On a eu Hilary Hahn, délicate mais un peu prudente en sa première jeunesse avec Zinman ; Viktoria Mullova qui s’essayait à la légèreté avec un succès indéniable, mais il faut faire avec Gardiner ; le remake d’Anne-Sophie Mutter avec Masur, que je n’ai pas aimé du tout ; la version ensoleillée de Janine Jansen avec Paavo Järvi. Je retiendrais tout spécialement le disque de Lisa Batiashvili (SonyBeethoven : Concerto pour violon - Tsintsadze : Miniatures), où il n’y a aucune excentricité, rien que la beauté sereine de la ligne. Gil Shaham, malheureusement, n’a pas gravé l’œuvre pour le moment.

Parmi ces nouveaux venus, Tetzlaff demeure à mon sens un des plus attachants. Mais, né en 1966, il n’a sans doute pas dit son dernier mot dans cette musique.
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