Rocambolesque destinée du « Violinkonzert » de Schumann : écrit en treize jours, à l'intention du violoniste Joseph Joachim qui se l'appropria et décida qu'il ne devait pas être joué avant cent ans suivant la mort du compositeur. Le spiritisme abrégea ce sursis : la nièce de Joachim fut avertie en songe de l'existence de cet opus que les esprits de son oncle et de Schumann auraient conjointement pressée de redécouvrir. Quelqu'étranges que paraissent les circosntances, les partitions sortirent effectivement de l'oubli.
Dans l'Allemagne du III° Reich, la création échut à Georg Kulenkampf qui l'honora en novembre 1937 avec le Berliner Philharmoniker, et l'enregistra aussitôt sous la baguette de Hans Schmidt-Isserstedt (une archive historique que rééditèrent les labels Teldec, Dutton et Lys).
Deux ans plus tard, c'est Yehudi Menuhin qui le gravait avec le New York Philharmonic sous la direction de John Barbirolli (on trouve ce document chez Naxos).
En juillet 1964, Henryk Szeryng confiait sa lecture éminemment classique, techniquement admirable, d'une sobre intensité, sans excès passionnel. Dès les premières secondes, on est conquis : Antal Dorati enveloppe le soliste dans un orchestre sensible et chaleureux, laissant s'épanouir le romantisme à fleur de peau qu'instilla Schumann peu avant de se jeter dans le Rhin.
L'analyse musicologique a pu reprocher répétitions thématiques et inspiration en berne à ce Concerto : Szeryng et Dorati le rendent plus cohérent que jamais et en magnifient la rhétorique par un souffle narratif ininterrompu. Superbe !
Le Concerto de Mendelssohn, Szeryng le maîtrisa dès sept ans ! Pour cette oeuvre abondamment enregistrée, la version du virtuose polonais affronte une redoutable concurrence discographique (Oïstrakh, Heifetz, Milstein pour citer quelques géniaux récidivistes...)
La précision de son archet, la rigueur de son intonation clarifient le lyrisme sans l'assécher (la prosodie de l'Andante, exemplairement pure). Splendidement capté, l'orchestre londonien s'active avec brio sous la férule du maestro hongrois, qui essaime le Finale avec fougue et légèreté. Interprétation galbée, fine, nerveuse transparente.
En complément, quelques "encores" (dont les "Danses populaires roumaines" de Bartok) accompagnés au piano par Charles Reiner, captés à New York en février 1963.
Mais redisons-le : c'est bien la frémissante lecture du Concerto de Schumann qui forme le décisif attrait de ce CD, dont le programme a été opportunément réédité dans la collection Eloquence :
Mendelssohn : Concerto pour violon en mi mineur / Schumann : Concerto pour violon