Il s''agit du premier disque avec orchestre qu''ait enregistré Hilary Hahn (son second, après le disque Bach en soliste qui l''a révélée). A la réécoute, je suis frappé par la beauté sereine de cette interprétation. En 1998, la direction de David Zinman, ici avec l''orchestre de Baltimore, est aussi énergique qu''elle le sera à Zürich en 2005 avec Christian Tetzlaff. Hilary Hahn a une conception de l''œuvre moins originale que ce dernier, dans cet enregistrement précoce en tout cas (un jour, elle le ré-engistrera). Mais comme incarnation d''un noble classicisme, ce qu''elle fait mérite tout à fait d''être apprécié.
La Sérénade de Bernstein d''après le Banquet de Platon, qui se souvient de Stravinsky comme de Chostakovitch, est une œuvre sensible et fine. Elle est ici jouée de manière merveilleuse. Il y a tellement de lumière, d''aisance et d''élégance dans le violon d''Hilary Hahn : le résultat comble l''auditeur, qu''il s''agisse de l'introduction lente, du lyrisme d''Agathon ou de la gouaille avec laquelle Bernstein évoque Alcibiade et son tapage nocturne.
Le marketing musical, quand il est insistant, engendre des réflexes de rejet qui sont l'opposé du but recherché : certains, pour ne pas être dupes, ou ne pas céder à la mode, en viennent à nier le talent d''interprètes qui méritent pourtant leur succès. Hilary Hahn fait partie de ces derniers.