Le concerto pour violon de Brahms est bien représenté au disque, surtout par les violonistes qui y trouvent un moyen d'illustrer leur talent. Parmi une production foisonnante, voici une version un peu oubliée, éditée par EMI en collection économique.
Le chef est un familier du compositeur, Klemperer a enregistré de fort belles symphonies et un Requiem allemand d'anthologie. Ici, il accompagne le grand David Oistrakh avec un orchestre inhabituel, l'Orchestre National, en 1960, à Paris, salle Wagram. Cela explique sans doute les sonorités sombres et la prise de son ample, légèrement réverbérée, fort différentes de ce que peut rendre le Philarmonia en studio par exemple. Quelle ambiance, pourtant, quelle tension !
Le jeu d'Oistrakh est magnifique de précision et de pureté, sans ostentation, sans virtuosité gratuite, sans rubato excessif : cette pudeur, rare aujourd'hui, éclate dans l'adagio, expressif, concentré, et non larmoyant. C'est une superbe leçon de style.
La direction de Klemperer est acerbe, presque violente, retenue, un peu lente parfois, mais toujours cohérente. Elle correspond bien à la vision dégagée, épurée de son soliste.
L'Orchestre est bien capté, et montre que les orchestres français peuvent interpréter le répertoire allemand avec brio, emphase, y compris sous la direction d'un chef invité. On pourra remarquer la présence des cuivres et des percussions, qui se dégagent avec une force inhabituelle.
Nous assistons donc à un dialogue entre deux géants, autour d'un chef d'oeuvre. La vision qu'ils en expriment est marquée par leurs personalités imposantes, leur version est originale, peu commune, mais mérite le détour. La Sinfonia Concertante, qui complète le disque, est digne du concerto.