Les albums de Mlle Hilary Hahn associent systématiquement un concerto du grand répertoire et un concerto moins connu, fréquemment du XXème siècle. Cela est vrai tant chez Sony que chez Dgg.
Le concerto de Mendelssohn retrouve une jeunesse parfois oubliée. Le jeu, rapide, dépasse la simple virtuosité pour une alacrité joyeuse. Hilary Hahn s'écarte avec bonheur d'un romantisme pesant même si on souhaiterait un peu plus de douceur et un legato plus souple dans l'andante. C'est jeune et fougueux là où A.S. Mutter et Karajan optaient pour la grandeur pour citer l'un des innombrables excellents enregistrements marquants.
Chostakovitch composa en 1947-48 son premier concerto pour violon ; ses années les plus noires sous la botte de Staline et Jdanov qui voulaient mettre aux pas les compositeurs. Très sombre, sarcastique et désespéré, l'ouvrage sera créé en 1955 par David Oïstrakh (dédicataire) et Evgeny Mravinsky (rien que ça). Il devrait logiquement porter le N° d'opus 77.
Se mesurer à 23 ans à ce chef d'œuvre de noirceur et d'ambiguïté honore la jeune artiste.
On reproche parfois à H. Hahn des tempos rapides. C'est assez vrai, mais, comme pour contredire ce jugement, les tempos sont ici plus amples que dans la belle version de Viktoria Mullova, violoniste pourtant réputée pour son souci de laisser aux notes le temps de s'épanouir, d'habiter l'œuvre. Par cette retenue, et le jeu détimbré et limitant le vibrato aux nécessités imposées par l'instrument de H. Hahn, le peu de sérénité qui pouvait subsister dans la conception de son aînée s'enfuit. L'atmosphère angoissée de cette musique devient glaçante. On semble perdre toute espérance dans le nocturne initial et la passacaille. Le concerto retrouve ainsi sa quintessence. La longue cadence de l'andante devient comme une pièce introspective et secrète grâce à la maîtrise absolue de la soliste, sa rythmique inexorable. Mais ce passage reste pourtant totalement dépendant de la passacaille qui le précède, comme un point interrogatif douloureux avant le burlesque cynisme de l'allegro conclusif, tentative ultime de retrouver un peu de lumière.
Marek Janowski soutient parfaitement le voyage dramatique en soulignant le discours concertant de l'orchestre : percussions-vents notamment.
En conclusion : une admirable exécution du premier concerto de Chostakovitch complétée par une juvénile interprétation de celui de Mendelssohn. Comment ne pas recommander ce disque à prix modique de plus ?