A l'heure où sort une nouvelle et bienvenue adaptation filmique de ce "classique de la révolte", il est bon, urgent, nécessaire, de se retremper dans le texte initial de Hervé, petit-fils ou petit-nevéu (je ne sais plus mais qui s'en soucie?) de René Bazin, auteur bien-pensant et bigot, royaliste, antidreyfusard et tout. On y découvre que la maltraitance cohabite très bien avec l'aisance financière, la respectabilité sociale, la dévotion, que l'amour maternel n'est en aucune façon la conséquence "naturelle" de la maternité, et que souvent la révolte intra-familiale est la condition de possibilité de choix citoyens. La veulerie des hommes, pater familias et curé en tête, sont le contrepoint de la folie de Folcoche, dont ils donnent la mesure. Cette oeuvre noire reste bizarrement drôle et de ce fait vraiment décapante. Brasse-Bouillon, à la différence de Poil de Carotte, n'en appelle pas à notre compassion mais à notre solidarité active. On est en plein réalisme, non seulement au sens esthétique mais au sens politique du tereme.