Si vous avez lu « Bruits du c½ur », vous saurez déjà que Grondahl a une technique et un style très reconnaissables. Ça fait penser à Haruki Murakami, ces histoires langoureuses qui parlent du passé depuis un présent un peu gris, peut-être un brin trop calme. « Virginia » se lit plutôt comme une nouvelle, très vite, et vous laisse un sentiment indescriptible. Il y a toujours cette dualité paradoxale chez Grondahl : il raconte des histoires à vous briser le « c½ur », mais avec une retenue dépourvue de sentimentalisme grâce à ces personnages mûrs, quadragénaires ou sexagénaires qui ont peut-être déjà trop vu, trop vécu. Dans ses romans, celui qui raconte prend soin de bien vous mettre en garde : sa vie n'a presque aucun intérêt, il a divorcé, vit seul, ne parle pas avec ses fils ou entretient un rapport pas très convivial avec eux... Malgré ça (mais je dirais que c'est grâce à ça) les histoires deviennent passionnantes, reliant une petite anecdote avec la suivante. Dans « Virginia », c'est une anecdote on ne peut plus simple celle qui démarre l'histoire. C'est presque comme s'asseoir aux côtés d'un vieux parent qu'on ne voit pas depuis longtemps et qui se met à raconter ce qui s'était passé quand nous étions encore des nourrissons. Il faut ajouter à cela une maîtrise parfaite de son outil, les paragraphes parfaitement ciselés et, j'insiste, cette retenue incroyable (ça fait penser à l'ambiance routinière des certains films scandinaves, de Bergman à Kaurismaki) qui fait de ces histoires quelque chose qui aurait pu arriver à votre voisin... ou a vous même. Si ce livre vous plaît, essayez aussi les derniers Murakami : La Ballade de l'impossible, Au sud de la frontière, a l'ouest du soleil, Après le tremblement de terre, Les amants du Spoutnik.