Les années 90 n'auront pas été d'une grande tendresse avec le hard-rock / heavy-metal traditionnel. Tous les groupes issus d'une certaine génération trinquent devant le grunge, le métal alternatif et ce qui deviendra le nu metal. Iron maiden, groupe bénéficiant pourtant d'une large popularité, considéré comme l'un des incontournables du rock, subit aussi les conséquences de ce changement.
Lorsque sort "Virtual XI" en mars 1998, le groupe est plus ou moins moribond. Les ventes d'albums ne sont plus ce qu'elles furent durant les années 80, et les salles de concert sont moins remplies. Déjà handicapé en 1990 par le départ du guitariste Adrian Smith (compositeur de nombreuses chansons du groupe et memebre apprécié malgré sa discrétion), Iron Maiden semble avoir du mal à satisfaire ses fans suite au départ de l'incontournable chanteur Bruce Dickinson, figure de proue populaire à la voix exceptionnelle parti faire des albums en solo. Remplacé par Blaze Bailey, chanteur de Wolfsbane à l'époque, Iron Maiden ne parvient pas à convaincre. Il faut dire que Blaze ne possède ni le même timbre de voix que Dickinson, et n'a pas la même étendue vocale, ni même la technique équivalente du chant de "Air Raid Siren". Si Janick Gers avait remplacé sans trop de difficulté le rôle de guitariste au sein de Maiden en prenant la place de Smith (même si sa contribution créative est moins importante, quantitativement et qualitativement), Blaze Bailey a bien du mal à faire oublier un membre légendaire d'un groupe légendaire, une situation que connaîtra Tim "Ripper" Owens au sein de Judas priest en remplaçant l'irremplacable Rob Halford au micro.
Moins puissant, avec moins de technique et moins d'amplitude vocale, Blaze ne satisfait pas les fans. De plus, il a été conspué sur scène, et la tournée précédente avait été écourté suite à des problèmes d'allergies rencontrés par la chanteur, l'utilisation de certaines fumées lui fusillant la gorge (version officielle bien entendu mais on pourra dire que les salles, moins remplies, coûtaient très cher à l'organisation d'une tournée lourde en coût).
Premier signe qui permettait de dire que le groupe allait moins bien, la parution en 1996 d'un premier best-of, "Best Of The Beast", où apparaissait une nouvelle composition intitulée "Virus". Sans être un mauvais morceau, "Virus" annonçait "Virtual XI" : introduction calme avec une montée en puissance. Un schéma que le groupe allait appliquer à la lettre sur cet album paru en 1998.
Après un album-fleuve en 1995 (onze chansons, plus de soixante-dix minutes), Iron Maiden tente de recentrer le débat avec "Virtual XI" : uniquement huit chansons, à peine plus de cinquante minutes. Un virage pour aller à l'essentiel en recentrant le débat musical, être plus efficace et plus direct. Pourtant, le groupe avait composé d'autres chansons, au moins quatre qui apparatraient sur l'album suivant "Brave New World".
Je passe sur l'infecte pochette réalisée par Melvyn Grant, auteur de celle de "Fear Of The dark" qui était pourtant superbe, pou vous parler de la musique. L'album débute avec "Futureal", un titre court (moins de trois minutes), rentre-dedans, incisif, comme Iron maiden sait les pondre. Sans être un classique du groupe, il s'agit d'une chanson très classique pour Iron maiden, très sympathique, mais sans réelle inventivité. Ce sera néanmoins une chanson efficace sur scène.
Les choses deviennent plus difficiles avec "The Angel And The Gambler", premier single de l'album. La durée de ce titre avait pourtant de quoi choquer pour réaliser un single : près de dix minutes! Une version "edit" sortira pour les radios, proposant un condensé en six minutes, bien plus efficace que la version de l'album, bien trop longue. Titre plus rock que très hard, une piste peu utilisée par le groupe ("Holy Smokes", "Hooks In You", "Wildest Dreams"), on note l'apparition récurrente d'un clavier ponctuant le riff de notes et de nappes, renvoyant à Deep Purple. On pourrait que cette chanson représente la face la plus grand public que Maiden puisse proposer. Même le solo est très très rock! Malheureusement, dix minutes à ce régime, c'est beaucoup trop. Perdant toute efficacité rapidement, faute d'une longueur marathonienne, "The Angel And The Gambler" tourne au supplice sur la durée. La version edit, qui est pourtant une hérésie puisque ne respectant en rien le processus créatif de n'importe quel groupe, se révèle salvatrice pour "The Angel And The Gambler".
"Lightning Strikes Twice", troisième chanson, tout en gardant le côté progressif indéniable du groupe, propose une introduction calme suivant un moment plus appuyé, ce que "Virus" montrait deux ans auparavant. Montée en puissance qui deviendra l'une des marques de fabrique de cet album... Refrain limité à la ligne "lightning strikes twice" où Blaze démontre ses limites, cette chanson n'est pas mauvaise, mais il manque le petit plus qui en ferait un titre que l'on réécouterait régulièrement. D'une durée raisonnable (moins de cinq minutes), elle reste efficace mais n'a rien d'un classique absolu.
"The Clansman", chanson probablement inspirée par le film "Braveheart", est le titre à retenir de "Virtual XI". Malgré ses neuf minutes, cette chanson passe toute seule. Après une introducion calme et mélodique, la ligne mélodique principale se met en place sur un chant presque chuchoté avant que l'énergie revienne sur un "freedom" d'anthologie. Titre variant les ambiances, utilisant les trois principales idées composées pour devenir une composiition à tiroirs, on peut juste regretter que Steve Harris n'ait pas cherché à obtenir un gimmick écossais pour accompagner la musique. Mais là où on s'aperçoit que Maiden peut devenir un géant plutôt que grand, c'est dans la version live proposée sur "Rock In Rio", album sorti après la tournée "Brave New World". Là où Blaze Bailey donne tout ce qu'il peut sans soulever un enthousiasme débordant, Bruce Dickinson va lever une foule de 250,000 personnes au Brésil, l'un des pays principaux en terme de fans pour la vierge de fer. La voix de Bruce transporte la composition vers une strate plus haute, lui conférant bien plus d'impact que sur la version studio, et c'est là qu'on s'aperçoit que Maiden prend toute sa signification sur scène, au contact de son public acquis à sa cause. Dickinson, en frontman né, parvient à décupler le potentiel de "The Clansman". Blaze ne fait rien de plus que ce qu'on lui demande, chanter, il n'a pas les possibilités de son illustre prédecesseur / successeur, puisque le pauvre Bailey sera congédié au terme de la tournée de 1998 pour permettre le retour de Dickinson, choix politique et monétaire judicieux pour un groupe au bord du gouffre.
Après une "face A" sympathique, ayant des possibilités mais sans génie, la cinquième chanson, "When Two Worlds Collide", revient à un rythme plus énergique. Petite intro posée avant un pont suivie d'un refrain nerveux, cette chanson n'est pas mauvaise du tout, montrant un Maiden classique mais efficace. Il Manque toujours la petite étincelle qui fera décoller véritablement cette composition. Dave Murray et Janick Gers, plutôt inspirés pour leurs solos, font toujours mouche depuis le début. Les "ooh"ooh" font également mouche, marque de fabrique inévitable chez Maiden. peut-être qu'enregistrée avec Dickinson, "When Two Worlds Collide" aurait connu un autre sort que celui de titre plutôt inconnu alors qu'il gagnerait à l'être.
"The Educated Fool" propose, une nouvelle fois, une introduction calme avec un chant en douceur et une petite ligne de guitare suivant la ligne mélodique de toute beauté. Le reste la chanson, bien plus appuyé, est sympathique, mais Blaze Bailey, avec son timbre bien à lui, plombe un peu le morceau. L'ayant toujours défendu, car enfiler les charentaises de Dickinson était un suicide, il faut quand même reconnaître qu'artistiquement, il était trop limité. Constat qui s'avère flagrant sur "The Educated Fool", qui gagnerait comme "When Two Worlds Collide", à être plus connu.
"Don't Look To The Eyes Of A Stranger", où Steve Harris évoque ses craintes paternelles légitimes, débute de la même manière que les précédentes chansons, et ça devient un peu lassant à la longue. Qui plus est, cette chanson n'a rien d'exceptionnel du tout. Le bassiste, compositeur intégral de cette chanson, pousse même le bouchon loin en étirant ce titre pour le laisser exsangue... Deux minutes de moins n'aurait pas été "de trop"! En tout cas, il s'agit du titre le plus faible de l'album, qui aurait fait une honnête face B de single.
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