Certes, Alpha Blondy a remis (et depuis sept albums remastérisés et réédités) l’Afrique au mitan de l’univers du reggae. Mais convenons que la Côte d’Ivoire a remis la politique africaine au centre d’un invraisemblable pandémonium, où se percutent intérêts occidentaux, difficulté de l’élaboration d’un authentique processus démocratique, et farce cruelle. Autant dire que, trois ans après son précédent effort (Jah Victory), tous attendaient avec une fièvre impatiente des nouvelles de l’enfant terrible de Dimbokro.
Le premier signe patent du retour en forme du chanteur reste qu’il choisit de s’exprimer au fil des treize chansons de l’album en français et dioula (langue parlée en Côte d’Ivoire, mais également et entre autres au Mali et au Ghana). On dira : loin de l’anglais langue internationale, mais plus près de l’os, et du sens. Ce qui nous vaut quelques poussées d’irascibilité (parle à mon cul/ma tête est malade in « Ma tête »), des analyses socio-politiques tout en déhanchements (« Le Cha-cha-cha du CFA »), voire des déclarations péremptoires pas vraiment novatrices (mieux vaut être seul que mal accompagné), et des visites a priori abracadantesques (la reprise du « Stewball » d’Hugues Aufray, sans support logistique du PMU, mais inclus des hennissements d’équidés à l’agonie).
Pour le reste, Blondy se partage équitablement entre les considérations sociales (« Rasta bourgeois ») et quelques comptes à régler, avec des amis de trente ans (« Ces soi-disant amis ») et des amours de trente jours (« Tu mens »). On doit également à l’Ivoirien, et en conclusion de l’opus, le douloureux retour du « Vuvuzela », de sud-africaine mémoire. Plus palpitant, la star tente dans Vision une talentueuse synthèse entre le reggae (ce que l’on peut considérer comme son idiome naturel), le rock et sa pulsion internationale, et les racines africaines originelles. La saveur du disque réside naturellement ici, dans ces claquements de cuivres et basse charnue, qui pourrait inciter Blondy à chanter à peu près n’importe quoi, y compris le bottin. Ce qu’il fait parfois, toutefois d’une voix magique, souple, vibrante et chaude, à la tessiture intacte malgré les années qui passent.
Bonne nouvelle de la seule (allez, on rajoute Youssou N’Dour) vedette internationale de la musique africaine, et, partant, bonnes nouvelles de nous-mêmes, en capacité hier comme aujourd’hui de danser pas stupide, sur des mélodies roboratives, Vision réchauffera l'hiver, et les saisons à venir.
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story