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5.0 étoiles sur 5
Hat Trick !, 13 mars 2004
Ce commentaire fait référence à cette édition : Vitalogy - Digipack (CD)
Alors voilà : on trouve chez les fans de Pearl Jam, ceux qui se sont arrêté à Ten et Vs, ceux qui pensent que Vitalogy contient quelques pistes de trop, et les autres... Pour ma part, je suis un des autres. Dans ce troisième opus, le groupe prend son propre chemin et affirme sa volonté d'éviter toute facilité, toute répétition après des albums plus accessibles comme Ten ou Vs. Et forcément, pour certains fans, ça ne passe pas. Malgré quelques titres énergiques, voire violents (Spin the Black Circle, Whippping...), le disque est plus posé, plus calme, plus intime que ses prédécesseurs (Nothingman, Betterman, Immortality...), mais surtout plus noir, plus râpeux et plus dissonnant (Tremor Christ, Bugs, Satan's Bed...). Pour le fan, qui n'aura pas manqué d'apprécier les magnifiques mélodies des deux premiers albums, c'est le drame. Pourtant, une fois l'atmosphère et l'esprit de Vitalogy bien assimilés, l'auditeur peut l'apprécier à sa juste valeur, chacun des titres prenant alors toute son ampleur. Enfin, des morceaux tels que Bugs (qui ressemble à une improvisation bâclée), Pry To, ou Hey Foxy, rarement appréciés pour leurs airs de délires fiévreux ou paranoïaques, s'accordent pourtant parfaitement avec l'esprit du disque de par un rythme et/ou une mélodie obsédants/aliénants, et y trouvent une juste place. Mais tout cela n'est que mon humble avis. Il est simplement bon de savoir qu'il est des disques qui nécéssitent plus qu'une simple écoute pour être pleinement appréciés. Vitalogy est de ceux-là. (...)
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6 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile :
4.0 étoiles sur 5
Inégal mais indispensable, 23 janvier 2004
Ce commentaire fait référence à cette édition : Vitalogy - Digipack (CD)
L'écueil du 3ème album est toujours difficile à éviter. Que faire quand on a tout dit dans son premier album mythique (Ten) et qu'on a tout redit avec un certain talent dans son 2ème album (Vs.) ? On fait de la récup ? On rejoue les mêmes accords ? Pearl Jam, comme d'autres groupes, a décidé de travailler la forme plus que le fond et nous livre un album brut de décoffrage dans les arrangements tout en restant extremement mélodique. Gros travail sur la forme donc, que ce soit au niveau de la pochette de l'album, de son contenu ou de la tentative de faire de la musique une thérapie vitale (d'où le titre Vitalogy), à mi chemin entre charlatanisme et médecine douce. Bref, l'album est beau mais inégal avec des brulots incomparables d'urgence (Spin the Black circle, corduroy), des morceaux complexes dans leur construction (Tremor Christ) et deux belles balades musclées (Nothingman, Better Man. Toutefois, le reste de l'album tient parfois du remplissage peu inspirée, voire du brouillon ou de l'esquisse, enfin, quelque chose de pas complétement achevé mais émouvant quand même. Pas un chef d'oeuvre donc, mais un indispensable des années 90, ne serait-ce que pour l'intention et l'énergie qui s'en dégagent
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4.0 étoiles sur 5
Effet thérapeutique, 1 juillet 2011
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Brutal, étrange, inscrit dans l'urgence, Vitalogy est sans doute l'enregistrement qui ressemble le plus à Eddy Vedder ; il est intransigeant. A la dérive, également. Mais une dérive aux relents punks. Sanguine. De celle qui symbolise le malaise d'une époque, comme d'une génération. Cependant, sur l'instant, tout ne va pas pour le mieux au sein de Pearl Jam. En effet, en plein black-out médiatique observé depuis des mois, les tensions internes ont dépassé la limite du supportable. Déjà, aucune planche de salut ne semble pouvoir sauver Dave Abbruzzese d'une éviction prochaine. Il faut dire que l'excellent batteur s'est mis tout le monde à dos depuis ses déclarations en opposition avec les choix politico artistiques du groupe. Aussi, tandis que chacun tente de survivre à ses propres démons ou addictions, Vedder s'empare du leadership. Son idée ; utiliser les quelques pauses, backstages, de la tournée promo de l'album Vs, histoire d'en extraire une substance qui, une fois recyclée, sera le matériau de leur prochain pamphlet. Voilà pour le fond. Dans le même temps, Eddie a décidé d'associer la forme à son futur propos. Pour ce faire, notre homme s'est choisit un angle d'attaque plutôt original. Original, parce qu'il s'inspire - au niveau concept - d'un manuel datant du XIXème siècle, dans lequel se compilent pêle-mêle diverses conduites à suivre en matière d'hygiène de vie.
Comme chacun le sait, la géométrie du compact disc a remplacé depuis quelques années celle du microsillon. Pour autant, Vedder a de la suie dans les idées. Et quitte à se saborder un peu plus face à une industrie du disque omnipotente, ce sera sur le format vinyle qu'il va porter toute son attention. À ce sujet, la pochette comme le livret accompagnant Vitalogy deviendront de véritables collectors. Pas étonnant, lorsque sur les mêmes pages se percutent, une photo du pape, une pétition pro avortement, d'étranges symboles, des extraits de poésie et le comment du pourquoi l'onanisme est une pratique condamnable. Une sacrée prise de risque pour se confronter de nouveau au fiel de la critique, des lazzi qui n'ont eu de cesse de le cataloguer d'opportuniste. De cela, Crazy Eddie n'en a cure. Par conséquent, aucun battage particulier ne précèdera la sortie de cet album aussi engagé que douloureux. Comme d'habitude, pourrait-on dire, certains grands thèmes récurrents (industrie du disque carnivore, musique pour les masses, dépersonnalisation sociale, star système...) chez Pearl Jam sont de nouveau exploités. Seulement l'attitude a changé. La colère et le militantisme se sont mutés en instinct de survie. Conséquence, certains morceaux tels Spin The Black Circle ou Whipping s'emportent d'une fureur punk aussi jouissive que destructrice. La voix de Vedder presque possédée.
D'un autre côté, avec Not For You, les revendications sont bien là. Les poussées d'adrénaline rythmiques aussi. Eddie Vedder ne lâche rien. Pour lui, la musique est autant un instrument de lutte que l'action politique : le diktat des majors Company ne passera pas. Peu de solos globalement sur l'ensemble des titres. Mais l'essentiel n'est pas là, car toutes les eaux glauques font leur petit effet. A commencer par Better Man, dont le texte et la montée en puissance reste toujours aussi saisissants quelque soit le nombre d'écoutes. On a dit de cet album qu'il était confus, voire brouillon. Que les quelques intermèdes qui le jalonnent renforçaient l'impression d'inachevé. Pas du tout, Vitalogy comporte simplement une large dose d'incertitude. De désespérance face au tas de déchets que laisse derrière lui le quotidien. D'ailleurs, Nothingman, Immortality, Tremor Christ et même Bugs porté par son accordéon décalé sont les parfaits représentants de la déprime ambiante. Eddie susurre, scande, hurle, psalmodie. Tendu comme un arc, il continue de défier les tentateurs quoi que cela puisse lui coûter (Satan's Bed). Derrière, les guitares font corps. Dissonent parfois volontairement. Définitivement, en jetant de nouvelles bouteilles à l'amer, Pearl Jam vient de gagner en noblesse. Soit disant d'une lecture difficile, Vitalogy est en fait le testament vibrant d'un grunge décomplexé.
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