Cet opéra partage avec la plupart des autres opus vivaldiens la longueur de ses récitatifs secs et la brièveté de ses airs, ce qui n'a pas d'inconvénients si le livret est intéressant, la musique constamment de qualité supérieure, et l'interprétation très dynamique. En l'occurrence hélas, aucune de ces trois conditions n'est remplie : dans cet interminable imbroglio amoureux, l'action n'avance pas, et la fausse méchante magicienne ne fait même pas usage de ses pouvoirs. La musique est, dans l'ensemble, plus superficielle que dans d'autres oeuvres : ayant déjà assis sa réputation, Vivaldi semble s'être contenté le plus souvent d'airs légers et plutôt faciles (le grand succès obtenu à la création justifie en un sens sa désinvolture). De plus, l'acte II est perdu, et il a fallu trouver des airs de substitution. Enfin, Alessandrini ne devait pas être en grande forme en ce mois d'octobre 2009 : sa direction somnolente prend presque toujours des tempi trop lents, et la prise de son froide et comprimée n'arrange rien.
Et pourtant, la distribution offrait un potentiel de choix : Parmi les rôles secondaires, le baryton Furio Zanasi est un Calife bien timbré (beau "Chi alla colpa" accompagné au basson, II.16), la soprano Raffaela Milanesi est une Erminia suave au beau legato, Martin Oro incarne Tisaferno aussi correctement que le peut un contre-ténor, même si un peu scolairement, et la mezzo Romina Basso est un Adraste assez vigoureux, à la voix large (bel "Agitata de'venti", III.5).
Dans les rôles principaux, la mezzo Marina Comparato campe un Emireno solide et, dans le rôle-titre, Sara Mingardo déploie sa belle couleur de contralto ("Innocente esser", II.14), mais elle fait preuve d'une certaine mollesse dans les airs véhéments comme "Armata di furore" (I.13). Quant au rôle émouvant d'Osmira, on peut regretter qu'il ait été confié à la mezzo Monica Bacelli, dont l'émission pointue, voire miaulante et parfois affectée, est souvent aggravée par une indifférence au texte (par exemple l'absence de contraste entre les deux parties de "Se correndo", III.6) qu'elle partage à vrai dire largement avec l'ensemble du plateau.
Dans l'ensemble, le résultat n'est donc pas franchement mauvais, mais il faut avouer qu'on s'ennuie passablement.