Malgré l'apparence politique du sujet, le livret de cet opéra tardif de Vivaldi est un huis-clos psychologique dont les moteurs conflictuels sont l'orgueil, l'amour et la vengeance, sans beaucoup d'action. Pour ce qui est de la musique, il manque tout l'acte I, habilement reconstruit, cette fois encore, par Frédéric Delamea. Quant à l'enregistrement, il faut tenir compte du fait qu'il est capté en live, avec une prise de son proche, mais très sèche.
Disons tout de suite les deux grandes faiblesses de cette production : d'abord la direction de Malgoire est très plan-plan, voire poussive par moments, même dans des airs lents comme le lamento d'Emilia "O nel sen" (I.8), où l'orchestre n'aide vraiment pas la soliste à créer l'émotion. Ensuite et surtout, le choix d'un sopraniste (Jacek Laszczkowski) pour le rôle important de César est une erreur de casting rédhibitoire : les moyens lui font simplement défaut.
Par bonheur, à part la contralto Diana Bertini (Fulvio) qui, malgré un joli timbre, peine à soutenir les exigences de ses deux airs, le reste du plateau est nettement plus méritant : le contreténor Philippe Jaroussky fait des débuts remarqués en Arbace, et le ténor Simon Edwards est un Caton vigoureux, conforme à la rigidité du personnage, malgré une voix un peu trop large dans son premier air. Mais ce sont les deux soprani qui tirent le mieux leur épingle du jeu : Veronica Cangemi est une Emilia très vaillante, malgré une couleur de voyelles pas encore tout-à-fait stable, et mal secondée par un orchestre endormi dans l'air de vengeance "Come in vano" (II.14). Et la belle découverte, c'est le timbre coloré et l'émission naturelle de Liliana Faraon, qui campe une Marzia à la fois juvénile et pugnace.
Finalement, cette modeste contribution vaut bien la vieille version, incomplète, obsolète, et introuvable, de Claudio Scimone, mais ne saurait constituer une vraie référence.