Les concertos pour flûte et autres compositions pour flûte et instruments de la même famille ont souvent été produits pour les jeunes filles que Vivaldi éduquait musicalement dans les couvents féminins pour lesquels il travaillait en tant que prêtre, le célèbre prêtre roux. Sa musique n'a plus de secret pour personne car elle est plus connue que les premiers titres du hit parade pop. Mais comme celle de Mozart que tout le monde chantonne, elle est ignorée dans la genèse de sa beauté.
La flûte, et autres instruments du genre, est un instrument solo qui ne peut que surprendre dans un concerto avec orchestre. C'est une voix légère, aigue et dansant souvent très haut dans les nuages alors que l'orchestre, même les cordes parfois, est resté au sol, pris par la glèbe. Cela donne à ces flutes et flutiaux une force et une vigueur inouïes alors même cependant qu'elles ne peuvent pas faire preuve de l'amplitude et de la virtuosité d'un violon par exemple et plus tard d'un piano.
Vivaldi utilise cela pour en faire un avantage sans égal. La flûte peut ainsi égrainer à l'envie des lignes mélodiques douces ou brusques mais toujours claires et bien définies, note à note, montante ou descendante. Tout alors est dans la clarté de ces sons et dans la rythmique de l'attaque plus encore que des sons eux-mêmes et là Vivaldi va utiliser l'espièglerie de ses élèves religieuses pour affiner encore la pâte de cette musique et la rendre aussi légère que des cheveux d'ange ou du pain azyme.
Ne nous y trompons pas Vivaldi utilise toujours ses solistes de cette façon. Le violon permet des mitraillages de notes qui peuvent sauter d'un ou deux octaves s'il le faut. La voix d'un alto est une voix sans commune mesure ni chez les hommes, trop haute, ni chez les femmes, trop mâle (sauf à qui n'entend rien à ces choses-là), et c'est de cela qu'il joue. Et l'orchestre n'est pas là pour briller, l'orchestre est là pour faire briller avec son propre éclat. Plus l'orchestre est éclatant de beauté et de retenue plus l'instrument ou la voix solo sont brillants de beauté et d'exubérance vitale.
Enfin la dernière chose qu'il faut dire c'est que Vivaldi était un contemplatif du monde, de la nature, des hommes et des animaux et qu'il savait à merveille captiver leurs rythmes, leurs tonalités, leurs cadences, leurs essences et chaque être a plusieurs essences cachées, en plus de son essence publique, mise en exergue. L'instrument solo donne généralement cette essence visuellement visible et l'orchestre donne toutes les harmoniques cachées de cette essence et ainsi reconstruit la myriade inépuisable de chaque être et chaque moment de la vie.
C'est donc un merveilleux moment de musique et il va s'en dire que les interprètes de ce CD sont à la hauteur, vraiment à la hauteur de cette musique et qu'ils sont capables de la hausser aux plus hauts degrés de la voûte céleste. Je ne regrette qu'une chose, que cet ensemble Matheus ne soit pas enregistré sous la voûte de l'Abbatiale de La chaise Dieu où je les ai si souvent entendus. La sonorité certes d'une église, mais d'une simple église, ne donne pas la profondeur aérienne que La Chaise Dieu donne aux anges qui viennent jouer dans son ch½ur. Ici nous avons davantage le ch½ur des anges descendus sur terre pour célébrer la naissance de l'enfant Jésus dans une étable. Combien j'aurais préféré les anges chantant l'Ascension en paradis. Mais ce n'est qu'un regret qui me donne un sanglot ? Disons que Jean-Christophe Spinosi me console avec la chaleur d'un c½ur de musicen, c'est tout dire.