Commençons par quelques suppositions pas trop gratuites : si, comme moi il y a quinze jours encore, vous ne connaissiez Giuliano Carmignola que de nom; si, comme Stravinsky, puisque c'est à lui qu'on attribue généralement cette mauvaise boutade, vous pensiez que Vivaldi a composé 230 fois le même concerto; si vous trouvez à sa musique quelque chose d'hystérique et d'artificiel, d'inutilement énervé dans les mouvements rapides, et de lascif dans les mouvements lents, ce CD d'inédits du rouquin de Venise est pour vous. Et dites-moi s'il y a une musique plus neuve, plus originale, si on peut trouver plus de noblesse dans la grâce et la méditation, et plus de virilité dans l'expansion ou l'alacrité ! Dites-moi également si Carmignola n'est pas né pour cette musique comme il semble naître d'elle, s'il n'est pas une sorte de Prince de Machiavel virtuose, fier et raffiné, violent et gracieux, sanguinaire et caressant, oui, César Borgia au violon ! Il en a le physique d'ailleurs, beau, séducteur et inquiétant...
De plus, à côté du brio, tant célébré, de Carmignola, à côté de la dextérité extrême de son jeu, sans rien de racoleur, jamais, (c'est en cela qu'il est prince), il y a aussi, et même avant, une beauté du son incomparable, une musicalité jamais en défaut. Quel artiste ! Quant au Venice Baroque Orchestra, avec ses cordes âpres et chantantes, d'une étonnante capacité émotionnelle, sous la conduite d'Andrea Marcon, il l'accompagne - jamais l'expression n'a si bien convenu - admirablement.
Souhaitons longue, longue vie à Giuliano Carmignola, et de nous offrir beaucoup de CDs aussi inépuisables que celui-ci.