Vivaldi, confronté à l'ombre portée du père Bach, écrivait une musique jugée légère (l'éternel Italie vénitienne carnavalesque, aux moeurs enjouées et discrètement dissolues).
On oublie un peu vite ce que furent ces formidables cités commerçantes, guerrières, au tempérament porté vers le Violent, le Beau et l'Emporté (le terme "furia francese" signifie ce que l'Italie déchirée, meurtrie, asservie aux ambitions des Valois Angoulême et des Habsbourg retenait de ces descentes inépuisées, lancinantes et dévastatrices).
L'histoire de cette période (voir Guichardin ou Machiavel), sanglante, étincelante de mille bruits et fureurs papales, aristocratiques, condottieresques, d'alliances se tournant dans le sens toujours imprévisible des courants aimantés par de terribles victoires (Marignan) ou de tragiques défaites (Pavie), s'incarne dans une explosion artistique atteignant son paroxysme durant le pontificat de Jules II pour s'effondrer ensuite en 1527 lors de la mise à sac de Rome.
Le lent déclin des cités n'étouffe pas le feu créateur qui brûle encore de lueurs rendant le jour à la nuit. Le Prêtre Roux donne alors le jour à une musique dont "l'italianité" concentre en elle tout le suc de ce Génie offrant au Monde une force, une élégance et une esthétique indépassées. Vivaldi n'est pas le père spirituel des Strauss.
Sa musique, travaillée, élaborée, architecturée-ce n'est pas un hasard si Bach s'approprie, en son temps, certaines de ces partitions- exige une furie où la virtuosité, la vitesse d'éxécution (aux orties ces lentes interprétations qui donnaient à cette musique virulente une allure romantique germanique à faire pleurer d'ennui) se doit de se combiner à une recherche du Beau immédiatement préhensible.
C'est ce que font, avec leurs formations respectives, Biondi avec ces concertos pour mandoline ou Carmignola avec les Quatre Saisons.