Cette lecture chichement illustrative des "Quattro Stagioni" m'a d'abord déçu.
Legato contrecarré par une stricte netteté d'articulation : je trouve que l'accompagnement tissé par les Raglan Baroque Players saccade l'allure des Allegros en une diction crispante, amidonnant les phrasés qu'on souhaiterait entendre s'épanouir plus généreusement. Le "Printemps" me semble ainsi bien studieux, l'orage de "L'Eté" bien artificiel.
L'archet de Monica Huggett quintessencie l'imagerie de chaque saison avec un extrême raffinement, comme le montre l'entrée discrète du violon dans le RV 315 à rebours de tout exploit solistique. Ce lyrisme ésotérique tend à s'abstraire du degré descriptif qui aurait rendu l'écoute plus spontanément évocatrice.
Une dynamique plutôt monocorde n'apporte pas la respiration qui décontracterait l'éloquence de ces pages. Le jovien "Il Placere" se contient aussi sous une apparence trop timorée.
Fort heureusement, les autres Concertos du cycle (débarrassés de la contrainte illustrative) manifestent les éminents ingrédients stylistiques que les interprètes avaient déployés dans un autre album consacré à "La Cetra".
Instrumentalement, le résultat sonore fascine par la finesse de son tramage (le duo violon/violoncelle du RV 543 avec Timothy Mason), la délicatesse de son glacis (le RV 242), l'harmonie de ses teintes (les subtils rehauts d'orgue dans le RV 332).
Ce double-album encensé par la presse musicale demeure une référence discographique, même si l'on aurait préféré que des tableaux si minutieusement peints fussent transfigurés par une dose de cette "Inventione" que Vivaldi désigna en exergue de son recueil.
Voilà en tout cas un précieux antidote à l'extravagance de certains interprètes transalpins.