Le Stabat Mater de Vivaldi est une pièce bien connue et il en existe de très belles versions, celle d'Andreas Scholl et de l'Ensemble 415 dirigé par Chiara Bianchini, notamment (chez Harmonia Mundi). Mais ce nouvel enregistrement n'en est pas moins vraiment exceptionnel. Certes les tempi sont très retenus et nous ne sommes guère habitués à un Vivaldi aussi intériorisé et dépourvu de pulsation. Mais a-t-on jamais entendu un Vivaldi aussi dépouillé, profond et envoûtant ? La voix de Carlos Mena, d'abord, est un pur miracle : elle a la beauté et la pureté des plus grandes (celle d'Andreas Scholl, par exemple), mais elle a aussi une épaisseur, une vibration intérieure, une capacité à envoûter et émouvoir, qui sont inouïs dans cette tessiture. Toute proportion gardée, c'est un peu comme si Matthias Goerne était devenu contre-ténor (si vous ne connaissez pas ce baryton exceptionnel, il faut aussi le découvrir !) : la voix de Carlos Mena n'est pas émouvante seulement par sa pureté, mais aussi par sa plénitude, par son aptitude à tenir les notes, à faire vibrer le son et à matérialiser l'émotion : écoutez, par exemple le début du Salve Regina et la manière dont, après une introduction orchestrale d'une douceur étourdissante, Carlos Mena prononce le seul mot " salve " et vous comprendrez ce que je veux dire : écoutez cette vibration émue et vous aurez le c½ur saisi. Le jeu du Riccercar Consort dirigé par Philippe Pierlot et du violon de François Fernandez, ensuite, est d'une douceur et d'une présence exceptionnelles : il constitue un écrin idéal pour la voix (dans le Salve Regina, le Stabat Mater et le Nisi Dominus) et, même dans le Concerto pour viole d'amour, il participe pleinement à l'enchantement de ce disque. Cette interprétation est donc fascinante et elle n'est comparable à aucune autre.