Ce Giustino était la première tentative de restitution d'un des opéras majeurs de Vivaldi, et un des premiers jalons de la redécouverte de son oeuvre opératique. Un de ses atouts est la captation en direct, avec une prise de son très satisfaisante. Un autre avantage est l'absence de contreténors. Sa principale faiblesse est l'ampleur des coupures opérées par Alan Curtis : il manque des airs, des scènes entières, et même un personnage. Mais l'essentiel est là : un beau livret (repris par Haendel), et un plateau assez homogène , bien qu'aucun chanteur n'émerge nettement du lot. La meilleure prestation est celle de la mezzo Marina Comparato, qui campe un Anastasio séduisant ("Sento in seno"): même si elle n'a pas le timbre sombre d'une Nathalie Stützmann (récital de 2010), elle est plus crédible dans "Vedro con mio diletto" qu'un Jarousski trop fluet (recital de 2006) . L'autre mezzo, Francesca Provvisionato, n'est malheureusement pas aussi satisfaisante dans le rôle-titre - son timbre nasal y est pour beaucoup - : dans "Bel riposo" elle ne soutient pas la comparaison avec Jaroussky , même si elle a aussi de bons moments ("Ho nel petto"). Côté soprani, Dominique Labelle (Arianna) et surtout Geraldine McGreevy (Leocasta) sont égales à elles-mêmes, c'est-à-dire très bien, de même que la basse Leonardo Di Lisi en Vitaliano. Au total, une bonne version d'attente, en attendant une plus flamboyante...