Vivaldi confia son premier grand recueil aux graveurs d'Amsterdam en 1711. Cet "Estro Armonico" structure quatre groupes de trois Concertos respectivement écrits pour quatre, deux et un violons solos.
Un tel effectif répond au modèle romain qui organisait spatialement l'orchestre en deux ensembles de « concertino » (solistes) et deux ensembles de « ripieno » (accompagnement) à l'instar de l'opus 7 de Giuseppe Valentini.
Le recours à deux altos suit néanmoins l'usage vénitien.
Ces oeuvres que le « Prete Rosso » dédia au Prince Ferdinand de Toscane connurent un succès retentissant et furent abondamment recopiées. Bach employa plusieurs mélodies dans ses OrgelKonzerte et concertos pour claviers.
Captée en 1986-87 à Londres, l'interprétation de Simon Standage, Elizabeth Wilcock, Micaela Comberti et Miles Golding fait chatoyer ces partitions par leur fin travail d'archets.
Cette subtile approche sur instruments anciens séduit l'oreille par son charme lyrique, sa radieuse plénitude. Toutes vertus qui nous font regretter que DG/Archiv n'ait pas réédité "La Stravaganza" enregistré par le même English Concert.
Ce double-album bien rempli propose en tout cas un copieux complément de programme : six Concertos pour flûte.
Trevor Pinnock recourt à un plateau d'une douzaine de cordes (type 4 violons I / 4 violons II / 2 altos / 2 violoncelles / contrebasse), faisant entendre l'opus 10 comme des Concerti de solistes plutôt qu'un dialogue « da camera », option chambriste que suivirent par exemple Christopher Hogwood & Stephen Preston (Oiseau-lyre).
Sans manquer de poésie, la flûtiste (au traverso) ne saurait pourtant faire oublier l'imagination ni la virtuosité transcendantes de Franz Brüggen (Sony Seon), qui proposa selon moi la version de référence pour ce délicieux et suggestif recueil.
Même si l'interprétation ne revêt pas la fantaisie désinhibée du Giardino Armonico (Teldec), la prestation orchestrale des musiciens anglais incarne ici une éloquence musclée, une diction équilibrée, des couleurs fortes et une consistance instrumentale dont l'assurance stylistique s'apprécie comme la marque d'un robuste classicisme vivaldien, résistant solidement à la concurrence discographique.