Lors de sa parution, ce volume inaugural de la collection Naïve reçut un accueil parfois assez mitigé : avec le recul, si peu enclin qu'on soit aux excès d'enthousiasme, on s'aperçoit qu'on a affaire ici à quelque chose d'exceptionnel.
D'abord le livret de Metastase, souvent jugé à tort inconsistant, est solidement fondé sur un conflit amour / amitié, et ingénieusement construit sur des rebondissements savamment ménagés. De plus, les récitatifs, certes assez longs malgré des coupures judicieuses, sont d'un naturel très vivant et pleins de délicatesses émouvantes entre amis et amants (scènes 8 et 9 de l'acte I).
Quant à la musique, elle est particulièrement intéressante en ce que Vivaldi, pour reconquérir un public versatile, a mis ses airs à la mode en leur donnant une touche napolitaine (répétition de motifs sautillants, notamment en fin de carrure), et un rien de galanterie préclassique sans tomber pour autant dans la facilité ni affadir son style.
Ensuite, Rinaldo Alessandrini a su choisir les meilleurs tempi, animer le récit sans effets spectaculaires, et donner à son orchestre couleur et chaleur (admirable pédale de si des cors dans l'air de sommeil "Mentre dormi", I.8). Seuls légers reproches : il aurait pu proposer à ses interprètes des cadences et des Da capo plus brillants, et la prise de son aurait pu être plus proche des chanteurs.
Enfin, il n'y a guère de réserves à faire côté chant. Le couple principal est parfait : la soprano Roberta Invernizzi est étonnante de sens dramatique en Megacle (accompagnato "Misero me", II.9), avec un timbre d'un veloûté de mezzo ("Lo seguiti", III.3); et la contralto Sonia Prina, dont on s'étonne que certains critiques aient pu faire la fine bouche à l'écoute d'un timbre aussi irrésistiblement sensuel, est une Aristea à la diction exemplaire et aux vocalises d'une grande souplesse.
Sans surprise, la contralto Sara Mingardo incarne avec justesse l'imprudent et inconstant Licida, même si son "Con questo ferro" (II.15) manque de consonnes et bénéficiera d'une meilleure diction et d'un meilleur enregistrement par Nathalie Stutzmann en récital (2010).
Chez les hommes, le baryton Riccardo Novaro est un Clisthène au timbre adéquatement mûr, et la basse Sergio Foresti un Alcandro à la couleur claire et d'une belle stabilité.
Dans le rôle touchant d'Argene, la mezzo Marianna Kulikova est loin de démériter. Quant à la jeune soprano Laura Giordano (Aminta), elle est certes le maillon faible par son timbre un peu nasal, ses aigus trop verts, et sa raideur dans les vocalises, mais la critique fut trop sévère qui vit en elle une soubrette hors de propos.
Rétrospectivement, ce coffret était donc un excellent départ pour une collection qui, avec ses inévitables inégalités, allait être dans l'ensemble une grande réussite.