Sans commentaire sauf celui prémonitoire et pertinent de DIAPASON en 2004 : *
"La Fida ninfa est certainement le plus bel opéra de Vivaldi. Pas le meilleur, le marivaudage arcadien illustré par le livret de Maffei ne pouvant guère rivaliser en puissance dramatique avec Orlandofurioso. Mais pour cet exercice imposé, célébrant fastueusement en 1732 l'ouverture du Nuovo Teatro Filarmonico de Vérone, le Rouquin a osé. Airs espiègles, tendres ou graves, duos, ensembles, écriture novatrice abandonnant par instants la tradition baroque ou le style international pour flirter avec l'âge galant ou même, un comble, une ébauche de style classique. Un ovni sans lendemain. Jean-Christophe Spinosi, intuitivement, le pressent. La version de concert du Théâtre des Champs-Elysées n'est que prova, exercice d'approche avant exécution mature et enregistrement, dans plusieurs années. Quelques lignes de récitatifs butinés cavalièrement n'apportent pas de réelle cohésion à une intrigue peu compréhensible en l'état. Règles acceptées par le public, complice dès le début, conquis par cette suite d'arie intégralement restituées par un Ensemble Matheus aux spasmes adolescents désormais oubliés. Minutieuse illustration du mot, phrasés inouïs, douceur et délicatesse sont au rendez-vous. Seule option contestable : la pirouette finale, savoureuse certes, éludant l'intervention solennelle des dieux en farce à la Offenbach. Plateau convaincant, mais perfectible. Osmino divin de Philippe Jaroussky, Elpina craquante et drôle de Marie-Nicole Lemieux, Oralto superbe de Lorenzo Regazzo. Mais "Deh tipiega" illustre les limites du Narete un peu tendu de Jeremy Ovenden, alors qu'Anna Maria Panzarella n'est sans doute pas la Licori idéale (des aigus un rien au-dessous de la note parfois, mais de vraies couleurs et une émotion sincèrement distillée). Compliments à Veronica Cangemi enfin. Exquis "Dolceflamma", impressionnant "Destin avaro" (cruel pour le souffl)> où elle puise dangereusement dans ses ressources pour donner vie à Morasto. Mais est-elle vraiment Morasto? Par essence trop féminine peut-être, une dimension lui échappe inéluctablement. Etonnant Spinosi. Geste plus sobre, puissance expressive s'affirmant de concert en concert : une maturité prometteuse."