Vivaldi, "Motezuma", 1733, Stefano Vizioli - Alan Curtis, Ferrare, 2008, 2 DVDs Dynamic, notice en trois langues.
Une mise en scène (Stefano Vizioli) inventive et respecteuse de l'esprit du livret, un décor (Lorenzo Cutuli) simple et puissant : un immense croix qui barre en oblique l'entièreté du plateau. Sur elle, on va se battre, s'aimer, se hair, s'invectiver, désepèrer, jusqu'à ce qu'elle s'élève lentement, à la fin de l'ouvrage, barrant l'horizon de deux traits noirs, et couvrant de son ombre un peuple aztèque définitivement vaincu.
Opéra reconstitué à partir d'une partition retrouvée à Berlin en 2002, mais dont plus d'un tiers manque encore. Cela ne nuit pas véritablement à l'oeuvre qui repose principalement sur l'opposition Montézuma - Cortès, mais peut-être au couple d'amoureux, la fille de Montézuma, Teutile, et le frère de Cortès, Ramiro, dont on sent qu'ils devraient être mieux définis.
Deux ans avant "les Incas du Pérou" dans les Indes Galantes de Rameau et Fuzelier, c'est déjà par l'amour d'une Indienne et d'un Espagnol que deux peuples ennemis espèrent une durable réconciliation...
Sous la direction vigoureuse et dramatique d'Alan Curtis (ce n'est pas parce que ses gestes sont mous que sa direction l'est), Mary-Ellen Nesi (Mitrena, la femme de Montézuma), malgré toujours quelques problèmes de respiration, se sort plus qu'honorablement d'un rôle lourd, truffé de vocalises acrobatiques; Laura Cherici, autre pilier de l'équipe Crutis, fait une belle et émouvante Teutile; Vito Priante, baryton, sans posséder beaucoup de puissance, campe magnifiquement le roi fiévreux et désespéré qu'est Montézuma. Le choix de cette tessiture de baryton pour le souverain aztèque le désigne au public de l'époque, malgré l'apparente sollicitude du livret, comme le païen maléfique, rusé, sinon lâche, qu'il faut abattre, tandis que Cortès jouit, lui, de l'impact de sa voix de soprano, (brillante Franziska Gottwald), pureté vocale qui "confirme" la sainteté de ses intentions. Après tout n'est-il pas le christianisme face à la barbarie ?... Il faut encore signaler la belle voix de Theodora Baka en Ramiro, et les aigus tintinnabulants de Gemma Bertagnolli dans le petit, mais brillantissime, rôle du général aztèque Asprano.
Voilà un opéra qui confirme définitivement que, comme ceux de Haendel, sans toutefois en avoir les richesses mélodiques, ni surtout l'infaillible sûreté de trait, de couleur, de climat dans la peinture des sentiments humains, les opéras de Vivaldi sont viables sur scène, et que l'opéra baroque peut être autre chose qu'un imbroglio artificiel, prétexte à arias virtuoses, qui se résoud en dépit du bon sens.