Dès les premières mesures de la sinfonia, on s'attend au pire : tous les tics des Matheus et de Spinosi sont réunis. Tempi très rapides, agressivité, brutalité, et ce bruit de percussion que l'on retrouve toujours, provenant d'on ne sait où (les cordes du luth ou de la guitare qui claquent ?).
Et passé la sinfonia, c'est la surprise : ils sont capables évidemment de beaucoup de douceur, mais leur brutalité n'apparait plus, ou alors très isolément.
Les chanteurs sont excellents : Cangemi, Regazzo, Larmore sont excellents, mais la magie vient de trois personnages. La Bramadante de Hallenberg, incroyable de justesse et de force; le Ruggiero de Jaroussky, égal à lui-même; et l'Orlando de Marie-Nicole Lemieux, proprement époustouflante, notamment dans les grandes scènes de folie : cette femme est un actrice autant qu'une chanteuse !
La force dramatique de Vivaldi se retrouve complètement dans ce chef-d'oeuvre absolu du Vénitien roux, avec des airs d'une beauté envoûtante (Sol da te mio dolce amore, avec solo de flûte, transcendé par Jean-Marc Goujon; Cosi potessi anch'io,...) et d'une virtuosité confondante (Sorge l'irato nembo, Nel profondo, Andero Chiamero dal profondo,...)
Une réussite exemplaire, malgré quelques réserves sur lesquelles on passera vite, tant le reste est excellent.