Le livret de cet opéra « magique », énième variation sur le thème du Roland furieux, a pour thème unique un labyrinthe complexe de passions amoureuses (A aime B qui aime C, etc...), dont la compréhension nous est opportunément facilitée dans la notice par un schéma, mais qui est quand même difficile à suivre au disque car cette oeuvre est de celles où Vivaldi fait alterner des airs assez courts avec des récitatifs plutôt longs : la représentation scénique manque beaucoup, encore que la direction de De Marchi fasse tout ce qu'il faut pour animer le discours. Heureusement, l'intérêt musical va croissant au fil des actes.
Curieusement, le rôle-titre est le moins important de tous : il a un seul air, et c'est tant mieux, car c'est la seule grosse erreur de casting : Antonio Abete ne convient ni par son timbre trop mûr, ni par son style de comédie presque vulgaire, à Orlando, qui pour être ici confié a une voix de basse, ne doit pas pour autant être transformé en vieux camelot de foire.
Le rôle de la magicienne maléfique est confié à la soprano Gemma Bertagnolli, qui sait briller dans l'espoir (vocalises de "La Speranza", I.12) comme être naturelle dans l'inquiétude ("Se vedressi", III.7, dont le livret a interverti par erreur le texte avec celui de l'air alternatif "Sperai la pace"), et elle a le timbre pointu de la sorcière, mais sans doute pas toute la puissance requise pour en assumer toute la fureur ("Lo stridor l'orror", III.6 et "Tutta duol tutta orror", III.14).
Les autres rôles sont dominés par la mezzo Marina Comparato, qui parcourt les quatre airs de Tigrindra avec une égale qualité de timbre et de phrasé, et par la contralto Sonia Prina (Origille), dont le talent culmine dans les vocalises de son cheval de bataille "Andero, volero" (III.11). Le rôle le plus lourd est celui d'Argillano, vaillamment tenu par la mezzo Manuela Custer (E'il destin, III.12), qui souffre cependant de l'instabilité de sa couleur vocale selon la hauteur des notes. La mezzo Mariana Pizzolato est une Brandimarte plus effacée, mais sans démériter. En revanche le contreténor Martin Oro (Grifone), dont le timbre n'est pas déplaisant, a des aigus tendus au point d'être parfois faux ("Alla rosa", I.6).
Au total, une fort bonne production, à marquer d'une pierre blanche sur le chemin de la résurrection des opéras vivaldiens.