Vivaldi : "Ottone in Villa", (1713), Il Giardino Armonico, 2010, 2 CDs Naïve.
Encore une fois sorti des archives de la Bibliothèque universitaire de Turin, ce premier opéra de Vivaldi, créé en 1713 à Vicence, lieu de villégiature des riches Vénitiens, est une tragi-comédie bucolique impossible à résumer, un petit bijou d'ironie et d'érotisme, dans lequel l'infidélité, l'ambiguité sexuelle, les mystifications triomphent. Et si, à la fin, les protagonistes tombent le masque et retournent à leur amours légitimes, cette victoire de la vertu est de pure forme et ne trompe personne.
L'empereur Othon (32-69), successeur épisodique de Néron (trois mois), que Suétone taxe d'"esprit faible et paresseux", n'a guère été réhabilité par les librettistes d'opéra : cocu larmoyant dans "L'Incoronazione di Poppea" de Monteverdi, amant malmené dans "Agrippina" de Haendel, il fait ici figure de parfait imbécile laissant, par aveuglement, filer entre ses doigts et ses amours et l'empire.
Il Giardino Armonico, qui joue Vivaldi comme personne depuis un quart de siècle, distille cette partition, avec délicatesse mais sans préciosité, et en rend la vivacité, la fraicheur comme transparentes... Cinq solistes enthousiasmants : Sonia Prina (Ottone), Julia Lezhneva (Silio), Veronica Cangemi (Cleonilla), Roberta Invernizzi (Tullia) et Topi Lehtipuu (Decio) achèvent de nous conduire sur la route du bonheur musical.