Bien qu'il reprenne un livret déjà ancien, ce tout dernier "pasticcio" de Vivaldi amplifie encore la tendance de ses dernières oeuvres au compromis avec la mode nouvelle : outre les réemplois de ses propres compositions, il emprunte d'autres airs à pas moins de sept autres compositeurs différents, presque tous marqués par le nouveau style napolitain, à commencer par Pergolesi, dont les tics d'écriture ont servi de modèle à cette musique superficielle et sans surprises. Avantage de ce recours : le succès public obtenu ainsi une dernière fois à Venise. Inconvénient : la qualité assez moyenne de la musique.
Le livret de Stampiglia n'est pas sans intérêt, qui joue sur le travestissement et le chantage amoureux.
A une exception près, la distribution est honnête et assez homogène : les meilleures sont la mezzo Marianna Pizzolato (Rosmira), malgré des da capo peu inventifs, et la soprano Salomé Haller (Arsace), qu'on souhaiterait un peu plus vigoureuse. La mezzo Claire Brua (Partenope) est convenable, malgré une émission toujours trop couverte ; la soprano Rossana Bertini (Ersilla) a un vibrato un peu excessif ; le baryton Philippe Cantor (Emilio), un peu essoufflé dans son premier air, se rattrape dans "Prigonier chi fa ritorno" (II.4) ; en revanche l'accent anglais et la fatigue vocale du ténor John Elwes (Ormonte) gâchent son premier air, même s'ils sont mieux compensés par la technique dans le second ("Se fra turbini", II.7). Reste le cas du sopraniste Jacek Laszczkowski (Armindo) : son absence de medium et ses glapissements dans l'aigu ne devraient pouvoir séduire que les amateurs de curiosités pittoresques.
Malheureusement, cet enregistrement en live est desservi par une prise de son très mate, et par moments lointaine pour les chanteurs. Surtout, la direction de Gilbert Bezzina est bien routinière et son orchestre est bien lourd (comparez son "Vorrei dirti" (II.2) avec celui de Fabio Biondi dans le recital de Vivica Genaux). Ajoutons que la notice est bien faite et instructive (bien que les pages s'en décollent dès la deuxième consultation).
Malgré le live et les applaudissements à la fin de chaque air (qu'il eût mieux valu couper), l'émotion n'est jamais au rendez-vous de cette production trop scolaire, mais sans concurrence à ce jour.