Je me rappelle très bien avoir lu Enrico Gatti adhérer à la philosophie de Milan Kundera qui faisait «l'éloge de la lenteur» dans un précédent Corelli. Son jeu, au violon, consistait à interpréter les mouvements rapides en «toute lenteur ». Aussi, j'avais une appréhension qu'il serve la même médecine à Vivaldi. C'est ici, hélas, partiellement le cas. Les Sonates de l'opus II n'ont absolument rien d'extraordinaire en soi; Quiconque est rompu au style «Corellien» en regard des sonates pour violon trouvera ici une certaine et troublante parenté. Par exemple, le premier mouvement de la sonate II confirme très bien ce lien étroit : «Preludio a Capriccio (Presto-Adagio-Presto Adagio). Voilà un intéressant début de programme avec ici et là petites surprises mais jamais d'étincelles. Tout le récital fait constamment penser aux sonates de l'opus V de Corelli. À ce point que cela en est dérangeant ; l'on se demande bien quel était le but recherché lors du choix de graver ces aeuvres très ordinaires. Car ce récital donne constamment l'impression de déjà vu. Si l'archet de Gatti peu se montrer plus véloce dans les mouvements rapides (Gigue-presto- allegro; Corrente-Allegro-Presto etc.), ce dernier interprète les mouvements lents comme lui seul sait le faire; c'est à dire en «toute lenteur». Soyez attentif aux longs «Preludios » introductifs des sonates III et IX. Le manque de sens mélodique est criant dans le long prélude de plus de sept minutes de la sonate III. L'ennui s'installe rapidement et la hâte de voir ce mouvement se terminer au plus vite s'impose. Mais Gatti, tel un fidèle soldat, interprète fidèlement chaque note, sans se soucier dirait-on, du résultat final pour l'auditeur. Comme il le faisait dans Tartini et dans Corelli. Force est de constater que Gatti évite toutes petites pirouettes virtuoses qui ferait le bonheur du mélomane. Non il sen tient à ce qui est écrit, complètement prisonnier de sa partition. Dépourvu d'audace, d'esprit visionnaire, de liberté, il donne à ces sonates un ton résolument terne. Heureusement pour nous, Gaetano Nasillo, au violoncelle, et Monica Pustinik, au «archiluth», offrent un continuo expert, omniprésent, de grand luxe. Notez que la prise de son est celle, fort moyenne, du Label Glossa; oubliez donc l'extraordinaire précision et la clarté du label Arcana
Un disque qui ne passera certes pas à l'histoire, mais qui constitue néanmoins un objet de curiosité pour les maniaques de Vivaldi comme moi.