C'est une heureuse idée que de confier la présentation des inédits du fonds Vivaldi de la Bibliothèque de Turin à de grands solistes : concept beaucoup plus intelligent que celui des récitals de tubes archi-connus.
Le plaisir ici est donc double, de découvrir des airs qui, pour avoir été oubliés, peuvent n'en être pas moins des chefs-d'oeuvre, ce qui explique d'ailleurs souvent leur survie isolée, et en même temps d'entendre longuement une des meilleures contralti du moment.
Sonia Prina est d'abord un timbre unique, sombre sans être rauque, vibrant sans être métallique. Ensuite c'est une voix à la fois sensuelle et puissante, d'une stabilité de couleur parfaite dans toute l'étendue de son registre, grâce à un soutien musclé. Enfin, c'est une maîtrise impressionnante des vocalises et des intervalles, une diction parfaite des consonnes, et une énergie expressive infatigable.
Elle interprète une majorité d'airs de bravoure dans ce programme, mais aussi des plages de repos délicieuses comme ce "Abbia respiro il cor" à la respiration paisible et contemplative. Cet air, et deux autres parmi les plus beaux : "Sarai qual padre mio" et "Perché lacero il foglio", ont été reconstruits avec talent par Frédéric Delamea.
Quant à Ottavio Dantone, il dirige avec une fougue inhabituelle, "à la Spinosi" dirait-on, comme s'il était survolté par le tempérament volcanique de sa soliste. En revanche, il était inutile d'ajouter deux concerti plutôt ennuyeux à cette fête vocale : sans eux, on a déjà 55 minutes de bonheur !