Tandis que Naive poursuit son édition Vivaldi, Frédéric Delamea a été convoqué par Virgin pour composer un programme pyrotechnique avec Fabio Bondi et Vivica Genaux. Si on ne s'offusquera guère de retrouver des airs composés pour des sopranos, mezzos ou castrats, on fera cependant remarquer qu'un feu d'artifice se doit de ménager ses effets. Et ce n'est pas toujours le cas ici, notamment dans la première moitié du récital, car ce que Vivica Genaux appelle "le baroque exaspéré" peut aussi devenir exaspérant. Si le grand air de Griselda est vraiment épatant, de trop rares respirations sont d'abord étouffées par une succession d'airs de bravoure qui finit par lasser et même vraiment fatiguer. D'autant que Biondi, comme à son habitude, ne donne pas dans la dentelle. Il faut donc attendre la plage 8 avec "quell'usignolo" du Farnace pour qu'un peu de luth nous repose l'oreille, et l'esprit, tandis que Vivica Genaux exhale une plainte bucolique mémorable. Suit une merveille d'invention répétitive avec "Spender fra 'l cieco oror" tiré de Tito Manlio, autre grand moment d'émotion pyrotechnique et musicale. En plage 11, l'air de Catone in Utica se maintient à un très haut niveau avec l'intervention martiale de cors qui accompagnent les longues vocalises de Vivica Genaux. Le récital finit enfin par fonctionner, jusqu'au sublime bouquet final, d'une beauté réellement confondante. Un conseil : sautez quelques plages du début pour mieux y revenir ensuite et recomposez vous-même ce récital finalement très recommandable. La rudesse de Biondi fait tomber ma note d'un point.