"Vivons heureux en attendant la mort" reprend quelques uns des réquisitoires que Desproges avait concoctés pour le tribunal des flagrants délires, l'émission culte qui le consacra au début des années 80. Il ne s'agit pourtant pas d'une simple compilation: l'auteur a organisé ses textes autour d'un plan d'ensemble qui donne toute sa saveur à l'ouvrage.
Le livre est structuré en deux parties: "en attendant la mort" évoque l'ennui, la maladie et enfin la mort que Desproges nous dit, dans un passage savoureux, avoir croisé un soir de Noël les bras chargés de cadeaux et de victuailles. On retrouve un des thémes favoris de l'auteur: la lucidité face à la mort, le pessimisme. Rien d'accablant bien sur car Desproges a le génie de nous faire rire de tout. Dans la seconde partie, "vivons heureux", on attend un reméde, des recettes qui nous détourneraient efficacement de l'idée de mort. Ce n'est pas le cas. Desproges préfére plutôt s'attaquer à ce qui prétend nous libérer de cette idée anxiogéne: la science, le militarisme, la gastronomie, le romantisme d'opérette, etc, ... On reconnait dans cette collection à la Bouvard et Pécuchet le théme du divertissement pascalien. On pourrait également rapprocher cette démarche de celle de Woody Allen dans "Pour en finir une bonne fois pour toutes avec la culture".
Au delà de ces aspects philosophiques, il faut reconnaitre une vertu de premier ordre à ce livre: celle de nous faire rire à s'en décrocher la machoire. En plus d'un indéniable talent d'écriture, Pierre Desproges faisait preuve d'une efficacité comique redoutable, mélange d'humour littéraire et de franche déconnade. Dans ses écrits, les gags surgissent à chaque paragraphe, les traits d'esprits s'enchainent les uns après les autres. C'est surtout pour cette raison que je conserve précieusement "Vivons heureux en attendant la mort" et que je continue encore, près de vingt ans après la première lecture, à rire tout seul en le relisant.