Deux oeuvres pour alto composées par Luciano Berio et imprégnées l'une et l'autre par des mélodies populaires siciliennes: voici ce que propose ce disque. Entre les deux oeuvres, six authentiques chants siciliens (cri d'un vendeur de poisson, lamentation pour le vendredi saint, berceuse, etc.) enregistrés par des ethnologues en Sicile et conservés dans les Archives ethnomusicologiques de l'Académie Nationale de Sainte Cécile à Rome.
Attention: rien ici n'est d'écoute facile, mais tout est vraiment beau. A la beauté brute des chants siciliens, répond celle, beaucoup plus savante et travaillée de "Voci" et "Naturale". "Voci" est une vaste pièce dans laquelle l'alto dialogue avec l'orchestre, travaillant les dissonances, reprenant les mélodies issues du folklore, les déchirant, les transformant. "Naturale" est une pièce plus courte dans laquelle l'alto dialogue cette fois avec des percussions et avec une bande sonore, enregistrement d'un chant populaire sicilien. Cette 2e oeuvre, plus étrange encore que la 1ère (en raison de la superposition de la musique savante et de l'enregistrement ethnographique) est sans doute aussi la plus belle des deux.
Angoisse, nostalgie, dimension tellurique et sentiment d'éternité se bousculent. L'auditeur est face à une musique exigeante, certes, mais qui a une incontestable puissance primitive.
Kim Kashkashian, immense altiste, joue cette musique avec une implication totale. Elle est accompagnée d'abord par le Radio Symphonieorchester Wien dirigé par Dennis Russell Davies, ensuite par le percussionniste Robyn Schulkowsky. Comme toujours chez ECM, le livret est très soigné et contient de magnifiques photos en noir & blanc de la campagne sicilienne.