La pianiste
Hiromi est née à Shizuoka, au Japon, il y a une trentaine d'années. Mais son succès est assez récent... Y a deux, trois ans, elle créait le "buzz", lors d'une série de concerts dans l'hexagone. Le fait d'être en outre parrainée par le génial
Ahmad Jamal qui lui a ouvert bien des portes (festivals, nouvelle tournée, etc...) contribua largement au succès de cette pianiste énergique. Succès qui se répandit alors comme une traînée de poudre... Le bouche à oreille aidant sans doute aussi. Personnellement, je ne me laisse pas facilement séduire par le chant des sirènes (je suis assez prudent, pour ne pas dire méfiant). Mon premier contact avec l'art de la belle fut donc tardif, avec notamment cet enregistrement studio paru chez Télarc (et sorti dans les bacs en juin 2011). Première écoute et déjà un sentiment de frustration. Celui d'avoir à faire à une pianiste gonflée aux emphétamines! Une écoute plus attentive, et la confirmation que Hiromi est dotée d'une technique certes éblouissante mais bon dieu, que tout cela est péremptoire (j'y reviendrai), sans parler de cette basse lourdingue (
Anthony Jackson, on se souvient de lui dans d'excellentes prestations aux côtés de Michel Petrucciani...) et d'un batteur survitaminé lui-aussi, à la limite du "casse-moi-les-oreilles" (
Simon Philips)...
Dès le premier thème ("Voice"), c'est la claque assurée. Insistant sur des accords répétitifs, joués en staccato, le jeu de la pianiste s'identifie par un travail sur les graves et une puissance sans concession (une main gauche hallucinante), ne laissant que peu de place aux silences. Ce disque est l'anti-thèse des productions ECM dont je ne suis pas friand non plus... Dans "Voice", le tout ne me convient pas, même les ballades ("Temptation") m'apparaissent ampoulées, voire caricaturales. Mais le pire, ce sont ces effets de basse (sur "Now or Never" notamment), où l'on frise la caricature grossière (distorsion des plus mauvais effets..). D'ailleurs, ce titre en dit long sur ce genre de musique: "Maintenant ou jamais"... "Ici et maintenant, point barre. Pas ailleurs. Tu es pour ou contre moi". Un côté tapageur qui ne me plaît guère... Une oeuvre a besoin de temps. Une oeuvre ne s'impose pas. Or, ce que nous avons ici, c'est une tendance très en vogue à l'heure actuelle, "je vous en met plein la vue, et vous allez forcément aimer. Si vous n'aimez pas, vous êtes à côté de la plaque". Bref, un jeu survitaminé mais prétentieux aussi, qui à partir d'une technique irréprochable, me laisse froid. Pour moi, ce collectif ne raconte rien du tout. PS. Les amateurs de ce genre de gonflette aimeront sans doute les albums de
Trombone Shorty... Désolé pour les fans.