« Voici le temps des assassins » de Julien Duvivier (1956-1h53)
Photo : Armand Thirard/ Musique : Jean Wiener
Scénario : Maurice Bessy, P.A. Breal, Charles Dorat et Julien Duvivier.
avec : Jean Gabin (André Chatelin), Danièle Delorme (Catherine), Lucienne Bogaert (Gabrielle), Gérard Blain (Gérard Delacroix), Germaine Kerjean (Mme Chatelin), Gabrielle Fontan, Robert Manuel. . .
L'Histoire : André Chatelin (Jean Gabin), un restaurateur prospère et réputé du quartier des Halles de Paris est aussi un homme gentil et chaleureux, il aide Gérard Delacroix (Gérard Blain), un étudiant en médecine, qu'il considère un peu comme son fils. Un jour il voit arriver dans son restaurant, Catherine (Danièle Delorme), une jeune femme désemparée qui se présente à lui comme la fille de Gabrielle (Lucienne Bogaert) son ex-épouse qui vient de mourir. . .
Si vous aimez le pessimisme et la noirceur au cinéma ce film est fait pour vous et, comme il s'agit d'un des meilleurs de Julien Duvivier, vous allez être au comble du ravissement. Un excellent film noir à la française devenu un classique du cinéma des années 1950 qui met en scène un Gabin des grands jours interprétant avec son habituelle aisance, un restaurateur que n'aurait pas renié un professionnel. Installé dans ce qui fût, autrefois, le ventre de Paris, les fameuses Halles construites sous Napoléon III, avec le modernisme de son temps et, devenue, en 1956 à l'époque du film, un véritable labyrinthe de cageots de fruits ou de légumes et un gigantesque capharnaüm de victuailles en tous genres. C'est donc ce lieu que certains fêtards trouvaient magique pendant que d'autres, trimards professionnels ou étudiants, sacrifiaient leurs nuits pour gagner de quoi vivre que André Chatelin fréquentait en voisin pour ravitailler sa cuisine. L'atmosphère particulière du ventre de Paris est si bien rendue que je ne parviens pas à croire que ce fantastique décor naturel ait pu être remplacé par une reconstitution en studio. Véritable témoignage sur ce lieu qui a disparu de nos jours et dont-il ne reste, outre quelques gargotes, que deux restaurants célèbres. Tout d'abord « Au pied de cochon » où les noctambules venaient finir la nuit devant la fameuse soupe à l'oignon mais aussi son proche voisin « L'Alsacienne » qui servait des choucroutes monumentales.
Le temps des assassins se raconte à la lumière blafarde des lampadaires d'époques et avec la lueur des lieux habités, restaurant et guinguette, mais aussi dans le faisceau des phares d'une automobile. Point de soleil et de couleur du jour, Duvivier nous plonge dans le crépuscule comme pour mieux nous préparer aux drames qui vont distiller leur venin, avec cette magnifique photo en gris plus qu`en noir et blanc de Armand Thirard cet autodidacte de génie aux 53 films. Par là-dessus, une musique de Jean Wiener qui imprègne le cours des évènements d'une partition aux tonalités changeantes selon l'ambiance, entre nostalgie (Chanson « la complainte tes innocents » chantée par Germaine Montero) et drame. Selon un excellent scénario qui va, de rebondissements en situations d'une noirceur extrême, nous entrainer vers les pires travers de la race humaine, avec la vengeance qui rôde, en toile de fond.
Julien Duvivier c'est aussi :
Panique ,
Les cinq gentlemen maudits ,
La charrette fantôme ,
Marie Octobre ,
L'Imposteur , Anna Karenine ,
Sous Le Ciel De Paris ,
La bandera - Inclus 1 Livret ,
Au bonheur des dames ,
Pépé le Moko etc. . .
Conclusion : Un excellent film de Duvivier avec, une fois de plus, un très bon Gabin en pleine forme. Ce petit bijou est un régal et, en prime, une vision d'un monde disparu, les Halles au centre de Paris.