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Philosophe, Jean-Marc Besse travaille en épistémologie de la géographie. La question du paysage est depuis longtemps au centre de ses préoccupations. Inutile de dire que les six essais réunis ici sadressent plutôt à lérudit. Pourtant, chacun devrait pouvoir y trouver matière à de vigoureuses méditations personnelles. Dautant que la question posée dans cet ouvrage nest pas tant adressée au paysage, quouverte à partir de lui, suscitée par lexpérience que lon peut en faire au hasard de ses promenades. Il sagit donc dune rencontre avec lui, mettant à lépreuve nos catégories de pensée, et en jeu les représentations que nous nous en forgeons.
Très pertinemment, cette série dessais souvre sur la célèbre Lettre de Pétrarque, relatant son ascension du Mont Ventoux. Un texte que lon dit volontiers fondateur de notre relation au paysage, comme contemplation désintéressée. Mais est-ce si sûr ? Besse en doute et, dans son argumentation serrée, nous montre combien nous nous sommes égarés à son propos. Sil faut chercher un fondement au regard moderne du paysage, cest dans Rousseau, plutôt que Pétrarque, quil nous encourage à le chercher. Mieux : dans Simmel qui avait parfaitement compris le sens du sentiment darrachement au Tout, accompagnant lindividuation des formes de vie dans la modernité occidentale. Ailleurs absolu ou altérité intérieure, le paysage ouvre un clair-obscur dans la conscience humaine, sur lequel il nest pas vain de se pencher.--Joël Jégouzo--
Très pertinemment, cette série dessais souvre sur la célèbre Lettre de Pétrarque, relatant son ascension du Mont Ventoux. Un texte que lon dit volontiers fondateur de notre relation au paysage, comme contemplation désintéressée. Mais est-ce si sûr ? Besse en doute et, dans son argumentation serrée, nous montre combien nous nous sommes égarés à son propos. Sil faut chercher un fondement au regard moderne du paysage, cest dans Rousseau, plutôt que Pétrarque, quil nous encourage à le chercher. Mieux : dans Simmel qui avait parfaitement compris le sens du sentiment darrachement au Tout, accompagnant lindividuation des formes de vie dans la modernité occidentale. Ailleurs absolu ou altérité intérieure, le paysage ouvre un clair-obscur dans la conscience humaine, sur lequel il nest pas vain de se pencher.--Joël Jégouzo--
Quatrième de couverture
Il y a une violence du paysage. Cette violence, que le philosophe allemand Georg Simmel identifiait avec l'expérience de l'arrachement au sentiment d'appartenir à un Tout, accompagne inévitablement l'individualisation des formes de la vie dans la culture des sociétés modernes. Cette violence muette ne constitue pas, pourtant, la signification ultime du paysage. Il faut considérer au contraire cette distance soudain prise face au monde comme la condition d'une possibilité nouvelle de l'existence humaine, et plus précisément d'une figure nouvelle des rapports de l'homme avec le monde. Car le paysage n'est pas seulement une entité close sur elle-même. Du sein de cette clôture, la question des relations avec une réalité plus vaste reste posée. Le paysage est hanté par l'infini, et peut-être, au fond, cette hantise, cette présence débordante de l'infini dans le fini, est-elle le ressort le plus intime de l'expérience paysagère. Les six essais qui composent ce livre suivent le développement de cette dialectique dans la culture moderne littéraire et scientifique. Elle s'exprime sous différentes figures : littéraire, philosophique, artistique et aussi scientifique. Elle prend des noms différents : la curiosité, la conversion, l'intuition, le symbole, la physionomie, la présence... Chaque fois, cependant, on tente d'y apercevoir et d'y penser un unique problème, qui pourrait être formulé finalement ainsi : comment est-il possible d'habiter l'espace ? Qu'est-ce qu'une vie qui prend la forme de l'espace, et que doit-elle accomplir pour ne pas y sombrer ?
