Il raconte quoi ce 46ème film de Woody Allen ? Des couples qui ne s'aiment plus, qui se séparent, qui se trompent, qui tentent de refaire leurs vies, qui parient sur l'avenir, qui lorgnent sur le bonheur du voisin, brefs, des gens qui se posent plein de questions, et qui auront un choix à faire... Comme d'habitude, finalement. Woody Allen parle de ce qu'il connaît : l'âme humaine, et ses tourments. Parfois sous forme de comédie (le dernier WHATEVER WORKS était un retour au burlesque, qui m'avait enchanté), parfois sous forme de drame (le très noir REVE DE CASSANDRE ou MATCH POINT, pour ne citer que les plus récents), le plus souvent sous forme de comédie-dramatique, comme ici, où le rire n'est pas le but principal (non, le film n'est pas « hilarant » comme on peut le lire ici et là), mais où on ne peut s'empêcher de sourire, en regardant ces créatures se noyer dans leurs problèmes.
Les thèmes sont connus, les figures chères au metteur en scène aussi, comme ce personnage d'Alfie (Anthony Hopkins) qui reprend le genre de rôle que Woody Allen interprétait encore il y a quelques années. Agé, séparé de sa femme, qui se maque avec une jeunette. Du déjà-vu, mais là, ça surpasse tout ! Une bimbo siliconée, actrice (elle a joué « la femme d'un empereur venu d'une autre planète », dans une série SF !) deux neurones en état de marche, et surtout... un peu pute sur les bords ! Il l'honore après avoir pris son Viagra, l'oeil sur sa montre, en attendant les premiers effets ! Il y a l'écrivain raté, qui laisse sa vie en friche, et lorgne sa jeune et jolie voisine, et qui au lieu de construire une oeuvre, détruit sa vie. Il y a Hélena, séparée de Alfie, paumée (mais riche !) qui a le don de débarquer chez sa fille Sally en balançant des vannes à son gendre, et qui soigne son angoisse à coup de bourbon (plus elle boit plus elle croit à la réincarnation !) et de séances chez une voyante qui préfère le cash aux chèques... Woody Allen remet le couvert sur le thème de l'ésotérisme, la magie, l'occultisme, thèmes déjà abordés dans ALICE, OMBRES ET BROUILLARD, SCOOP... On pourrait reprocher à Woody Allen de ne pas développer avec autant d'intérêt tous ses personnages. Concernant l'histoire de Dia, Woody Allen en dit trop peu. Mais, d'un autre côté, qui y-a-il à dire de plus ? Elle est belle et fait tourner la tête de son voisin, voilà la seule fonction du personnage. Si ce n'est que Woody Allen nous présente son fiancé, sa famille, autant de personnages rapidement survolés.
Je trouve pourtant ce scénario est assez exemplaire. Woody Allen prend des personnages en route (ce n'est pas un film basée sur la psychologie), il les accompagne, et les laissent un peu plus loin. Entre ces deux points, les personnages ont du faire un choix. Et à chaque fois, la situation d'arrivée est pire. Tous (sauf une) se trompent. Et tous le savent. Et à chaque fois, cela se fait - ironie de l'auteur - au travers d'une scène drôle (le coma du copain de Brolin, l'aveu de la grossesse, la déclaration foirée de Watts à son patron). Le film peut s'arrêter, le principal est dit. Une fois encore, la mise en scène de Woody Allen est alerte, sans fioriture, précise, lisible. Et les dialogues sont particulièrement inspirés. Il y a des scènes superbes, notamment entre Naomi Watts et Banderas, des non dits, des espoirs déçus (à la bijouterie, dans la voiture, et à la toute fin). Les personnages de ce film sont dans l'ensemble assez pathétiques, Hopkins en premier lieu, duquel on rit, mais qui vit finalement des moments douloureux et tragiques (le fils décédé).
Ce dernier opus ne se hisse sans doute pas à la hauteur des grandes réussites de notre joueur de clarinette newyorkais préféré, mais admirons encore une fois le talent de cet auteur, son intelligence du récit, sa manière de définir un caractère en deux plans, sa capacité à viser juste, la finesse de son propos, l'acuité de son regard, la légèreté apparente dont il fait preuve pour décrire des situations dramatiques. Car le constat final est tout de même assez sombre. Le bonheur est à portée de main, encore faut-il regarder dans la bonne direction.