Ecrit en 1988, ce petit livre garde tout son intérêt et sa pertinence, tout en ayant déjà un parfum d'histoire, celle des premières années de la musique baroque sur instruments anciens.
A la lecture de Beaussant - son "Lully" admirable, son "Versailles-Opéra", petit essai à rééditer d'urgence, ou ce livre-ci - je pense à d'autres écrivains qui m'ont frappé de la même façon : Funck-Brentano, et son "Ancien Régime", par exemple. Tous les livres que j'avais lus sur les Valois et les Bourbons, et j'en avais lus ! m'ont parus insipides et inutiles parce que Funck-Brentano m'expliquait les rouages d'une société, et non plus seulement les péripéties de son fonctionnement. Même chose pour la politique internationale du XX° siècle avec Raymond Aron, ou pour l'URSS avec Hélène Carrère d'Encausse. C'est que la majorité des historiens vous décrivent les vagues sur la mer quand ces génies-là vous expliquent les marées. Grâce à eux tout s'éclaire, et de quelle lumière ! La trame apparaît sous le dessein et l'explique; on comprend ce qui nous échappait, et comme on se sent intelligent, soudain, grâce à eux.
Philippe Beaussant est des ces génies-là, et j'emploie le mot sciemment. Il va au fond des phénomènes, décortique sans nous encombrer, vulgarise sans simplifier, et s'il prend parti, c'est sans a-priori, sans anathémiser qui que ce soit, avec une honnêteté intellectuelle inattaquable. Par ailleurs, excellent écrivain, très agréable à lire, ayant de l'humour et de l'ironie, y compris envers lui-même, et profondément conscient qu'il n'y a pas de fond sans forme, comme en musique, il nous donne, dans ce petit livre, toutes les clés d'un débat "baroquisme contre classicisme" qui n'est pas clos, on le constate sur ce site, et qu'il éclaire de toute son intelligence.
Un essai essentiel et que Philippe Beaussant adresse à tous les mélomanes, avec autant de chaleur pour le présent de l'interprétation de la musique baroque que de respect pour son passé.