Une comédie romantique douce-amère, l'une des premières à ne pas sacrifier au fleur bleue conventionnel et à oser la dissection du phénomène amoureux à travers un couple classique.
C'est un peu "La guerre des Rose" plus de vingt avant, la trashitude en moins et la parfaite finesse psychologique en plus. Tout, ici, est transcendé par la mythique Audrey Hepburn dans son rôle fétiche : espiègle, frêle, passionnée, amoureuse ; c'est un diamant brut de vie et de légèreté sans cesse menacé par la trivialité du quotidien. A côté d'elle, Albert Finney tempère tristement en devenant l'archétype du parvenu amer qui a troqué ses pitreries contre des Mercedes, des costumes, des réceptions et un arrivisme de forcené.
C'est un film vif, alerte, sautillant, gai jusque dans la désillusion, toujours en partance ; d'ailleurs les innombrables véhicules (voitures, tracteurs, bateaux, etc) sont prétextes à de géniales ellipse, incessants sauts dans le temps permettant au récit de progresser sur trois unités temporelles qui sont autant de moments de la vie du couple : innocence et passion du matin, désillusions et écorchures du mitan, embourgeoisement et acceptation du soir. Le film est tellement chargé en trouvailles stylistique qu'il est impossible de les dénombrer.
Le constat de Voyage à deux, c'est l'inévitable compromission comme réponse à la terreur de la solitude, mais aussi comme palliatif au refus de voir naufrager plus de dix ans de tissage du couple, quelles que furent les épreuves traversées. C'est donc tout à fait réaliste, mais sans jamais se départir d'un étrange optimisme : comment la mise à plat de l'équation d'une vie, par le dialogue à chaud, permet une fin de passion en douceur, enfin pleinement acceptée dans un sourire de clairvoyance.