Les manuels de littérature parlent souvent de Jules Verne (quand ils en parlent!) avec une certaine condescendance. S'ils lui reconnaissent d'avoir inventé la science-fiction, il n'en reste pas moins à leurs yeux un amuseur dont les récits colorés s'adresseraient essentiellement aux adolescents, un auteur non dénué de talent, certes, mais qu'on ne saurait mettre sur le même plan que Stendhal ou Maupassant. Personnellement, je trouve ce snobisme intellectuel insupportable. Comme tous les snobismes, d'ailleurs! Jules Verne, à mes yeux, est une merveille absolue. Ne me demandez pas de lui trouver un défaut ou d'émettre à son égard l'ombre d'une réserve, j'en serais parfaitement incapable! J'aime sa prose claire, précise, lyrique. J'aime ses personnages pittoresques. J'aime l'évasion que me procurent ses romans, l'énergie qui les habite et la philosophie qui s'en dégage. C'est bien simple! Chez Jules Verne, j'aime tout! Il est un remède à l'ennui, à la morosité, une déclaration de guerre à la routine, et surtout un formidable antidote à la mauvaise littérature, celle qui se croit profonde parce qu'elle est obscure ou subtile parce qu'elle est amphigourique. Si l'on me forçait, le couteau sur la gorge, à préférer un livre dans son oeuvre volumineuse, j'opterais sans doute pour
Vingt mille lieues sous les mers car l'océan me fascine et j'aime la manière dont Verne en parle, mais en vérité je voue une égale admiration à ce "Voyage au centre de la Terre" que j'avais lu enfant dans la bibliothèque verte et que je viens de relire quinze ans plus tard d'un oeil plus mûr mais tout aussi émerveillé.
Linéaire, l'intrigue du roman est d'une grande simplicité. Un certain professeur Lidenbrock, de Hambourg, découvre par hasard un mystérieux parchemin runique dans lequel un alchimiste islandais révèle l'existence d'un passage menant au centre de la Terre. Vérité ou fable? Un seul moyen de le savoir! Accompagné de son neveu Axel, Lidenbrock prend le chemin de l'Islande où se trouverait le susdit passage, enfoui au coeur d'un volcan... et la folle aventure commence! Ce qu'un tel "pitch" ne peut pas rendre, évidemment, c'est la poésie qui se dégage de ce récit, car même si les progrès de la science et l'avancée des connaissances ont invalidé certaines des théories qu'il expose, il continue malgré tout d'exhaler un charme irrésistible, le charme éternel de l'imprévu, de la découverte, du merveilleux. Quelle superbe idée, tout de même, que d'aller chercher le mystère et l'inconnu non pas sur une planète improbable, au fin fond d'une lointaine galaxie, mais ici-même, sous nos pieds, dans les entrailles de cette bonne vieille Terre! Faut-il être féru de géologie ou de spéléologie pour goûter ces pages? Bien sûr que non! Il suffit d'aimer les belles histoires racontées dans une prose élégante et dynamique. Comme Dumas, comme Wells, comme Stevenson, ses frères en littérature et en imagination, Jules Verne est d'abord et surtout un conteur magnifique qui croit au pouvoir des mots, à leur magie, à leur faculté d'enchantement. Le lire, c'est entrer dans cette magie, c'est se laisser envoûter par ces sortilèges, c'est abdiquer son incrédulité pendant une heure ou deux. Bref, c'est dire oui au rêve et à la fantaisie. Moi, personnellement, je ne demande pas mieux!