Dans ce très beau livre, Shirley Strum nous interpelle : sommes-nous, être humains, les seules entités "intelligentes"et "sensibles" ici-bas? Rien n'est moins sûr si l'on suit les pérégrinations de l'éthologue.
L'auteur, dans les premières pages, évoque les raisons qui l'ont poussées à partir loin de chez elle, la Californie, vers une terre lointaine et sauvage l'Afrique... Tout d'abord son ambition était de mieux cerner, par l'étude des babouins, les capacités des premiers hommes. Mais, très vite la teneur de son investissement et de sa recherche se sont transformés.
Il y a un moment clé dans ce livre afin de comprendre la petite révolution relatée, c'est le jour où Shirley Strum, décide d'ouvrir la porte de sa camionnette et d'aller parmi eux... Parmi ces êtres si souvent décrits comme des animaux pulsionnels, incapables de comportements élaborés et, de plus, réputés dangereux. Shirley Strum raconte comment ce moment a, en quelque sorte, changé sa vie et changé le regard qu'elle portait (et la science éthologique en général) sur les babouins. En allant vivre à leur côté, l'éthologue a découvert que ces petits êtres à fourrure possédaient de nombreuses qualités, mais qu'en plus ils élaboraient des relations amicales, des réseaux d'alliance par l'interaction. Bref, un peu comme nous, les babouins s'amadouent, se flattent, s'aiment et se détestent, rendent des services à ceux qui leur sont proches... Une grande partie du livre relate les observations majeures de la vie des babouins. On découvre Peggy, la chef , qui comptera tellement pour Shirley, mais aussi Théa, Patrick, Paul, Tessa... Ils ont tous une personnalité bien à eux, bref, ils sont uniques. Les derniers chapitres de l'ouvrage nous ouvrent au problème de la sauvegarde des animaux sauvages. En effet, Shirley va devoir lutter de toutes ses forces pour que les paysans ne tuent pas les babouins, devenus pilleurs de culture, un à un. On sentira toute cette complexité de la préservation d'êtres non humains face aux intérêts de populations humaines souvent en difficulté. Au bout du compte Shirley trouvera une nouvelle terre d'accueil et sera allée au bout, au bout de ce qu'elle estimait être de son devoir, c'est-à-dire de sauver ceux qui l'ont si bien accueillie et aimée... Presque humain à n'en pas douter!